Al-Ghazâlî, L’alchimiste du bonheur
28 septembre 2006
Chacun sait qu’al-Ghazâlî est l’une des plus
importantes autorités religieuses et spirituelles de l’Islam. Celui qui fut
surnommé hujjat al-islam, ‘‘la Preuve de l’Islam’’ a été lu et médité
depuis des siècles en terre d’Islam et depuis les débuts de l’érudition
orientaliste, les études et les traductions de son oeuvre – qui peuvent parfois être
de grande qualité – se sont multipliées. Pourtant l’énigme demeure :
l’homme et son oeuvre semblent résister à toute approche extérieure. Toute
tentative de rendre compte de leur nature paraît laisser échapper l’essentiel :
Le cheminement intérieur d’al-Ghazâlî en son for intérieur.
C’est précisément cette difficulté à saisir la
trajectoire spirituelle d’al-Ghazâlî à partir de sa quête intérieure qui amena
Ovidio Salazar, réalisateur anglais d’origine argentine, à concevoir un film où
chaque détail de la vie de ce sage est pris en compte pour nous permettre
d’entrer, autant que faire se peut, dans son intériorité spirituelle. Pour réaliser
son film ‘‘al-Ghazâlî, l’alchimiste du Bonheur’’, Ovidio Salazar se
rendit dans la région natale d’al-Ghazâlî, mena une enquête minutieuse et
interrogea les plus grands spécialistes mondiaux.
Les scènes reconstituant la vie du sage sont ainsi
entrecoupées des interventions de Seyyed Hossein Nasr (Université Georgetown),
de Hamza Yusuf (Zaytuna Institute, Californie) et de T. J. Winter (Université
de Cambridge) entre autres…
Mais
qui est al-Ghazâlî ? Sans trop dévoiler le contenu du film, donnons
quelques repères sur sa biographie.
Abû Hâmid al-Ghazâlî est né à Tûs, ancienne ville du
Khurâsân, en 450 de l’Hégire, soit en 1058 de notre ère. Les biographes Ibn
Khallikân (m. 1282) et Tâj al-Dîn al-Subkî (m. 1370) lui ont consacré des
notices dans leurs ouvrages mais al-Ghazâlî a fait lui-même le récit de son
évolution intellectuelle et spirituelle dans autobiographie al-Munqidh min
al-dalâl (littéralement : Celui qui sauve de l’égarement).
L’exemplarité du parcours intérieur d’al-Ghazâlî tient
dans le fait que malgré une formation théologique et juridique très poussée, il
sut se défaire du conformisme ambiant pour se mettre en quête de sincérité,
d’authenticité et de vérité intérieure. Il dut pour cela faire littéralement
‘‘table rase’’ de tout ce qu’il savait ou croyait savoir – y compris les
concepts les plus largement admis –, assumer ses doutes et ses incertitudes et
refuser de les étouffer par les réponses toutes faites de la théologie
officielle. C’est à ce prix – et en faisant preuve d’un héroïsme spirituel
admirable – qu’il put accéder à la ‘‘grande Certitude’’ (haqq al-yaqîn),
celle qui confère la plénitude et la paix intérieure tant recherchée.
On
peut distinguer quatre grandes périodes dans la vie d’al-Ghazâlî :
- Les années d’apprentissage et d’étude.
- L’enseignement à la mosquée-institut Nizâmiyya (1085-1095).
- La retraite spirituelle (1095-1105).
- Le retour à l’enseignement et l’écriture de son Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn.
Sa
quête intérieure lui permit de découvrir la connaissance intime que l’être
porte en lui-même, connaissance que les mystiques musulmans appellent ‘ilm
al-mukâchafa, la science par dévoilement :
« Par la science du dévoilement, j’entends la
lumière jaillissant dans le coeur lorsque celui-ci est purifié. Cette lumière
éclaire maintes réalités sur lesquelles on avait jusqu’alors les idées
confuses. Lorsque cela se produit, apparaît la véritable connaissance… ainsi
que la contemplation de visu qui
ne laisse aucun doute. »
Al-Ghazâlî
quitta ce monde le 14 Jumâdâ II 505 / 18 décembre 1111 laissant à la postérité
non seulement une oeuvre d’une densité remarquable mais aussi et surtout un
modèle de cheminement intérieur et d’exigence d’authenticité spirituelle :
« J’avais acquis la certitude que les soufis
ne sont pas des gens de ‘‘discours’’ mais des êtres ayant atteint de hauts
degrés dans la réalisation spirituelle. Je possédais tout ce qui pouvait
s’apprendre par l’étude. Le reste ne pouvait s’acquérir par l’écoute ou l’étude
mais seulement par le ‘‘goût’’ (dhawq) et le cheminement spirituel (sulūk).
[…]
Cela ne peut se réaliser qu’en s’éloignant des
honneurs et de l’argent et en fuyant tout ce qui distrait et enchaîne l’homme.
Je suis resté en retraite spirituelle dix ans ;
j’eus, durant cette période, le dévoilement de choses innombrables… »
Par son talent, Ovidio Salazar a su mettre en parallèle
la quête d’al-Ghazâlî et celle de l’homme moderne en quête de certitude et de
paix intérieure. O. Salazar nous donne ainsi à voir le récit d’une vie qui
interpelle l’homme au plus profond de lui-même. Le questionnement sur son
époque troublée politiquement et socialement, et son insatisfaction face aux
‘‘savoirs officiels’’ ne sont pas étrangers au cheminement spirituel
d’al-Ghazâlî et à son refus du littéralisme conformiste, lesquels aboutirent à
l’écriture de son oeuvre maîtresse : Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn, la
Revivification des sciences de la Religion.
Par cet ouvrage, notre sage a ouvert la voie de la
profondeur et de l’intériorité à de nombreuses générations :
« En résumé, celui
dont l’oeil intérieur n’est pas ouvert ne perçoit de la religion que l’écorce et
l’apparence, non le fond et la réalité. »
On
comprend pourquoi le message d’al-Ghazâlî n’a rien perdu de sa fraîcheur ni de
son actualité.
* * *
Ovidio Salazar
Né en Californie, Ovidio Salazar réalise des
films documentaires depuis plus de 20 ans.
Après des études de théatre et de cinéma à Los
Angeles et à New York, son intérêt pour le soufisme l’amène en Europe et
Moyen-Orient où il suit des cours d’arabe et de sciences islamiques (à Londres
et au Caire).
Il a notamment produit une série pour la BBC
intitulée "Faces of Islam" et a filmé à de nombreuses reprises le pèlerinage à
la Mecque. Il a d’ailleurs réalisé en 2001 pour la BBC le documentaire
plusieurs fois primés "Hajj Journey of a Lifetime" diffusé récemment sur la
chaîne Planète (début 2006).
Projection du film
Dors
et déjà, deux projections du film suivies d’une rencontre/débat sont
prévues :
* 30
septembre 2006 à l’Institut Catholique, 21 rue
d’Assas, 75006 Paris, à 14 h 00. (Contacter l’association ‘‘Film & spritualité’’
65, rue Brillat-Savarin - 75013 Paris - Tél. / Fax : 01 45 65 04 97 e-mail :
film-spiritualite@club-internet.fr / site : www.film-spiritualite.org)
* 17
octobre 2006 au cinéma le Kino (Université Lille III) à 20 h 00.
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