Georges Frêche, candidat socialiste de la « diversité ». Négrophobie : réprimée dans les stades, encouragée en politique ?
21 février 2008
Alors que la Fédération française de football vient de demander des sanctions exemplaires à l’encontre d’un
supporter raciste qui avait traité Abdeslam Ouaddou, l’international marocain de
Valenciennes, de « négro » et de « sale nègre », la Fédération socialiste de l’Hérault vient d’investir en grandes pompes Georges Frêche pour les
prochaines élections sénatoriales. La direction nationale du PS préfère rester
silencieuse. G. Frêche bien connu pour sa xénophobie, sa négrophobie, son
islamophobie, son sexisme, son mépris à l’égard des enfants de Harkis, sans parler de son antisémitisme
inversé (le fantasme de la « puissance juive »), serait-il le nouvel espoir
socialiste de la « Diversité » ? Tout pousse à le croire.
Une gauche en crise de repères : adieu Jaurès, revoilà Guy Mollet !
Au-delà du ridicule de la situation, c’est le
symptôme d’une crise profonde de valeurs de la gauche française, en général, et
du Parti socialiste, en particulier. Les socialistes vont remporter très
probablement haut la main les prochaines élections municipales de mars. Mais la
candidature Frêche sera à jamais une tâche honteuse sur l’héritage de Jaurès,
comme le fut le vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain par des députés de
la SFIO
ou, plus près de nous, le soutien d’une partie des barons socialistes à la
politique répressive de Guy Mollet en Algérie.
Certes, d’aucun nous rétorqueront que Georges
Frêche n’appartient plus officiellement au PS depuis son exclusion en janvier
2007. Or, il reste toujours le président
d’une région à majorité socialiste (Languedoc-Roussillon) et d’une communauté
d’agglomération dominée aussi par le PS (Montpellier Agglomération), garde le
soutien de la Fédération socialiste de l’Hérault et apparaît toujours comme
l’homme fort du parti sur le plan local.
En deux mots : Georges Frêche n’est plus
officiellement membre du PS mais, en coulisses, il continue à tirer les
ficelles, soutenu par la grande majorité des notables locaux du parti. Il
figure d’ailleurs en 6ème position sur une liste d’union de la gauche
pour les prochaines municipales de Montpellier.
Il est vrai, que la fédération PS de l’Hérault
est l’une des plus importantes de France (la 5ème ou 6ème
en nombre de cartes d’adhérents) et la direction nationale du parti entend bien
la ménager, à l’instar de l’attitude ambivalente de Ségolène Royal pendant la
campagne présidentielle, qui a longtemps protégé le délinquant Frêche, malgré
ses multiples récidives en matière de racisme, d’apologie des crimes coloniaux
et de sexisme.
Comble de
l’hypocrisie, le premier secrétaire du PS, François Hollande, s’est déchargé de
l’investiture de Georges Frêche sur les militants locaux, en déclarant : « Frêche est exclu, mais
c’est aux élus et aux militants locaux de désigner leur candidat pour les
sénatoriales ».
Manière pour le
PS national de soutenir le négrophobe et le xénophobe Georges Frêche, sans avoir
à en assumer la décision.

Cela tend à prouver que certains hommes et
femmes politiques français pratiquent aisément une forme d’indignation
sélective : s’ils sont prêts à s’émouvoir et à réagir médiatiquement à
certaines expressions d’intolérance (cf. l’affaire de la venue en France
d’Ayaan Hirsi Ali),
ils en méprisent d’autres royalement. Il est vrai que, dans la France de ce début de XXIe siècle, traiter un citoyen français de « nègre », de
« bicot », de « bougnoule » ou encore
d’« islamo-terroriste », ne pèse pas très lourd dans la balance
républicaine.
Il est sans doute plus rentable en terme de
communication politique d’aller sauver les « pauvres petits Noirs »
du Darfour » des griffes des « méchants Arabes » de Khartoum ou
les « nouvelles martyres musulmanes » de la pieuvre islamiste
mondiale. Georges Frêche peut donc continuer à se livrer à ses actes de
délinquance verbale, avec le silence complice des éléphants et des éléphanteaux
socialistes.
Preuves à l’appui…
Georges Frêche, sélectionneur racial de
l’équipe de France de football : vous avez dit « trop de joueurs
noirs » ?
G. Frêche n’a pas seulement des ambitions
politiques mais aussi sportives : devenir sélectionneur en titre de
l’équipe de France. Son projet footballistique ? Blanchir au karcher l’équipe
de France de football qu’il trouve trop « noire » à son goût et pas
assez « gauloise », oubliant au passage que la totalité des joueurs
de l’équipe de France sont des citoyens français et que la très grande majorité
d’entre eux sont même « Français de naissance ». Il déclarait ainsi,
en novembre 2006, au quotidien régional Le Midi Libre :
« Dans cette équipe, il y
a neuf blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce
serait le reflet de la société. Mais là, s’il y en a autant, c’est parce que
les blancs sont nuls […] J’ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze
blacks. Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine ».
(Le Midi Libre, 14 novembre 2006).

L’on aurait presque envie de consoler Georges
Frêche, tout triste de constater impuissant que nos équipes de football sont
envahies par les « Blacks », les « Noirs », les
« Renois », les « Nègres », les « Négros »… Mais
on peut aussi lui poser légitimement la question suivante : ne trouve-t-il pas l’Assemblée
nationale et le Sénat trop « blancs », lieux de pouvoir dans lesquels
les petits hommes blancs bedonnants et grisonnants représentent plus de 75 %
des membres élus ? Apparemment, l’extrême blancheur et machisme des
institutions françaises ne paraissent pas le gêner du moins du monde. Au contraire,
pour le président socialiste de la Région Languedoc-Roussillon, cette « blancheur masculine » des institutions
constitue la « normalité raciale » du pouvoir politique en
France : CQFD.
Georges Frêche, démographe et sociologue de la
diversité : des « Maghrébins » trop nombreux et inintégrables dans les
villes françaises ?
Georges Frêche ne veut pas simplement réformer
la composition démographique de l’équipe de France de football (trop
noire !), il veut aussi s’attaquer à l’ensemble du pays (trop arabe !),
car selon lui, la Gaulle romaine serait aujourd’hui menacée par les nouvelles
hordes arabo-maghrébines incapables de s’intégrer à la société française :
« Le plus grand échec politique français des
quatre dernières années est certainement l’incapacité de notre pays à intégrer
convenablement les millions de citoyens nés sur notre sol, de parents d’origine
étrangère. C’est à la fois un échec et la plus grande menace intérieure pour
notre avenir ». (Georges Frêche, Les éléphants se trompent
énormément, Paris, éditions Balland, 2003, p. 109).
Et pour ceux qui n’auraient pas bien compris
qu’il vise explicitement les citoyens français issus de l’immigration
postcoloniale (africaine et maghrébine) et non l’ensemble des enfants issus de
l’immigration, Georges Frêche précise :
« Par exemple, cet élément nouveau,
inconnu dans le passé : la communauté française d’origine maghrébine
devient si nombreuse qu’une partie d’entre-elle ne souhaite plus s’intégrer,
tout simplement ! Dans certains quartiers, ces fils de l’immigration ont même
tendance à refouler les Français d’origine qui y vivent, pour délimiter ce
qu’ils appellent leur territoire ».(Georges Frêche, « Osons
changer les règles de l’immigration », entretien dans La Gazette de Montpellier, 2 mai 2003).
Leader politique, sélectionneur de football,
Georges Frêche se veut aussi fin sociologue et démographe, expliquant la
formation des « ghettos urbains » par la pulsion quasi génétique des
« Maghrébins » de France à vivre entre eux. C’est bien connu, Fadéla
Amara nous l’a aussi expliqué, les mâles arabo-berbères aiment la loi de la
tribu :
« Dans certains quartiers, ces fils de
l’immigration ont même tendance à refouler les Français d’origine qui y vivent,
pour délimiter ce qu’ils appellent leur territoire. C’est donc un problème
nouveau et très important que d’avoir à intégrer des personnes souvent de
nationalité française qui ne souhaitent pas véritablement appartenir à la
communauté nationale ». (Georges Frêche, Les éléphants se trompent
énormément, Paris, Balland, 2003, p. 111-112.).

L’amour inné du ghetto : un argument qui
était brandi à l’égard des Juifs d’Europe dans l’entre deux guerres et qui a
justifié la politique raciale. C’est bien dans cette perspective de
« gestion tribale » des territoires urbains que Georges Frêche entend
traiter et maintenir les filles et les fils de Harkis, transformés malgré eux
en « supplétifs à vie ».
Georges Frêche, officier aux affaires
indigènes : les enfants de harkis, des supplétifs à vie ?
Dans sa fameuse déclaration du 11 février 2006
qui, depuis, a fait couler beaucoup d’encre, l’on a souvent retenu uniquement
le terme de « sous-hommes », oubliant au passage le
paternalisme condescendant du président socialiste de la région
Languedoc-Roussillon, qui exigeait des enfants de harkis qu’ils ferment leur
gueule (sic), parce qu’il (lui Georges Frêche) les avait nourris, logés et
employés. En deux mots : les filles et les fils de Harkis n’ont pas le
droit à la parole, car ils constituent des « assistés de la République », des « sous-hommes » qui doivent obéissance aveugle à leur maître
nourricier :
« Vous êtes vraiment d’une incurie
incroyable. Vous ne connaissez pas l’histoire. Moi qui vous ai donné votre
boulot de pompier, gardez-le et fermez votre gueule ! Je vous ai trouvé un
toit et je suis bien remercié. Arrêtez-vous ! Arrêtez-vous ! Allez
avec les gaullistes ! Allez avec les gaullistes à Palavas. Vous y serez
très bien ! Ils ont massacré les vôtres en Algérie et vous allez leur
lécher les bottes ! Mais vous n’avez rien du tout ! Vous êtes des
sous-hommes ! Rien du tout ! Il faut que quelqu’un vous le
dise ! Vous êtes sans honneur. Vous n’êtes pas capables de défendre les
vôtres ! Voilà, voilà...Allez, dégagez ! ». (Déclaration de Georges Frêche le
samedi 11 février 2006 à Montpellier lors de la cérémonie en l’hommage de
Jacques Roseau).

Cette haine viscérale de Georges Frêche à
l’égard des filles et des fils de France (ou du moins, d’une partie d’entre
eux), s’explique d’autant plus que le leader socialiste du Sud la rattache à
une matrice religieuse : l’islam. Attendons-nous un jour à ce que Georges
Frêche déclare, qu’il y a trop de joueurs musulmans dans l’équipe de France de
football et que dans les vestiaires du Stade de France se cachent, en
réalité, des « mosquées clandestines » : ça ne saurait tarder !
Georges Frêche, islamologue généticien :
les musulmans porteurs du gène du terrorisme ?
Dans une
lettre-réponse à l’association des Etudiants musulmans de France (EMF-section
de Montpellier) qui, comme son nom l’indique, est animée majoritairement par
des étudiants français de culture musulmane, Georges Frêche écrivait
ainsi : « Vous connaissez le vieux proverbe paysan qui résume
la sagesse universelle : ‘dans un pays il faut suivre la mode ou quitter
le pays’ ».
De même, lors de la campagne pour les élections législatives de 2002, le leader
socialiste déclarait : « Ils [les musulmans] ne vont pas vouloir maintenant nous
imposer leur religion ! Ceux qui ne veulent pas respecter nos valeurs,
qu’ils rentrent chez eux ! ». Par ailleurs, il avait traité certains jeunes responsables
musulmans locaux de « disciples d’Al Qaïda », sous
prétexte qu’ils critiquaient sa politique anti-laïque de gestion de l’islam
montpelliérain. En somme, selon le professeur Frêche,
les citoyens français de culture musulmane doivent se taire ou faire leurs
valises. Sa gestion autoritaire de l’islam sur le plan local (contrôle direct
des lieux de culte) n’est pas en soi séparable de sa conception révisionniste
de l’histoire coloniale : les populations d’origine maghrébine et africaine,
issus des anciennes colonies françaises, sont perçues comme inintégrables,
sinon difficilement intégrables, parce que « musulmanes » comme si se
rejouaient sans cesse les débats contradictoires sur la compatibilité entre la
« citoyenneté française » et le « statut personnel ».

Désir d’avenir ou désespérance du futur ?
Certes, on pourrait se consoler en se disant
que Georges Frêche est un « cas isolé », une espèce socialiste en
voie de disparition, laissant la place à une nouvelle génération d’éléphanteaux
ou de lionceaux, plus « ouverte » et surtout plus
« humaniste ». Mais les dernières échéances électorales (législatives
et présidentielles 2007) et la campagne actuelle pour les Municipales tendent à
prouver que les « petits Frêche locaux » sont légion dans le Nord, le
Centre et le Sud de la France : l’engouement médiatique pour la
« diversité » ne doit pas masquer les nombreuses résistances à voir
émerger une « nouvelle génération politique » de femmes et d’hommes
qui veulent faire la politique autrement. L’exotisme des listes de
candidats (une Fatima par-là, un Karim par-ci, un Mamadou en 45ème
position !) ne doit pas faire oublier la gestion profondément raciale et
sexiste des modes de sélection et de cooptation politiques, comme le soulignait
très justement les animateurs du club « Prairial 21 » qui ont été
quasiment les seuls, dès le départ, à réclamer l’exclusion de Georges
Frêche :
« La bataille politique se pose aujourd’hui à ce
niveau et le combat doit être mené. Désormais, il ne doit plus être possible de
cautionner l’hypocrisie pour préserver des bontés particulières sous couvert de
l’intérêt général du Parti. Trop de bassesses, trop d’indignités, trop de
vilenies ont accompagnées les candidats ‘issus de la diversité’ tout au long de
la campagne interne. La primauté faite aux intérêts personnels et claniques,
au-delà de tout sens politique, ne peut être avalisée. […] Les citoyens de
France exigent de nous un souffle d’air frais pour revigorer notre démocratie
et cette exigence nous impose de réussir l’émergence d’une nouvelle génération
de cadres politiques à l’image de la société française du 21ème
siècle. […] Et que dire de notre incapacité à acter que la société française
n’est ni figée, ni réduite à sa simple expression gauloise ? »
(Chafia Mentalecheta, « Le hold-up des Bidochons », 22 juin
2006 : http://www.chafia.net/article-3081367.html.).

Ne nous y trompons pas : les enfants
légitimes de Jaurès, ce sont bien eux et non des Georges Frêche ou des Michel
Charasse : les Chafia Mentalecheta, Akli Mellouli, Fayçal Douhane, Bariza Khiari, Janine
Maurice-Bellay, James Balogog,
Didier Hacquart ou
encore Jean-Luc Mélanchon, qui
ont compris que l’investiture de Georges Frêche ne constituait pas simplement
un « incident de parcours », une « initiative isolée », une
« simple concession électorale » faite à une fédération socialiste du
Sud majoritairement raciste mais une question d’avenir pour la gauche et
au-delà pour l’ensemble du système politique français dans sa relation aux
citoyens et aux électeurs de ce pays.
Morale de l’histoire : dire « sale
nègre » est passible d’une condamnation pénale dans les stades de football
mais pas encore dans l’arène politique, où les xénophobes et négrophobes en
tout genre peuvent continuer à agir tranquillement.
Une belle leçon de diversité à la française, n’est-ce pas ?
Annick Cojean, « Ayaan Hirsi Ali en quête d’une protection et d’une nationalité », Le Monde, 11
février 2008.
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