Georges Frêche, un « sous élu » récidiviste de la haine verbale (3ème partie et fin)
8 mars 2006
Victoire pour Georges Frêche ! « Suspendu »
des instances dirigeantes du PS ! Exclu vous n’y pensez pas ! La Fédération de l’Hérault, totalement verrouillée par G. Frêche, pèse sûrement trop lourd dans
le décompte des voix pour l’investiture du futur ou plutôt de la future
candidate socialiste à l’élection présidentielle. Mais que valent ces
« sous-hommes » harkis ou autres « sous-produits de
l’humanité » (« bougnoules », « racailles »,
« barbares » ou autres « sauvageons »...) dans la Realpolitik électorale du PS ? Pas grande chose, si l’on en juge à la sanction
homéopathique infligée au « délinquant verbal » par la direction du
PS. Pire, le « cas Frêche » pourrait faire école : le socialisme
autoritaire et populiste est susceptible de donner des idées à d’autres
caciques locaux du PS avides de récolter les suffrages « roses bruns »
sur leurs terres électorales. On croît rêver ! C’est la leçon du 21
avril à l’envers ! Perdre son « âme républicaine » pour
sauver Ségolène Royale ?! C’est la preuve par Frêche : soyez
racistes, xénophobes et sexistes, mais surtout ne le criez pas trop fort !
Vous pourriez réveiller Jaurès !
Tribaliser et humilier les « Musulmans »
Communautariste en chef,
Georges Frêche a fait de sa « politique pied noire » un axe central
de l’action publique locale dans l’agglomération montpelliéraine. Comme nous
l’avons vu précédemment (1er et 2ième parties), celle-ci
aboutit à restaurer une vision nostalgique et revancharde de l’histoire de
France en Algérie, faisant la part belle aux « Radicaux » (anciens
sympathisants et activistes de l’OAS) au détriment des « Libéraux »
(partisans du dialogue et de la réconciliation). En ce sens, la
« communauté pied noire » se trouve valorisée et instrumentalisée malgré
elle (elle n’a rien demandé à G. Frêche). Mais cette « valorisation »
idéologique et électoraliste a aussi une contre partie discriminatoire : une
« politique musulmane » fondée sur l’humiliation permanente et
l’obsession du contrôle.
De ce point de vue,
l’ancien maire de Montpellier s’inscrit dans la droite ligne de la
« politique religieuse » menée sous l’Algérie française :
violation systématique des principes de la laïcité républicaine par des
interventions intempestives dans les affaires cultuelles, mise sous tutelle des
associations et des mosquées et, clientélisme à l’égard des
« personnalités musulmanes » (harkies, algériennes et marocaines) promues
en « petits Bachagas locaux » et entièrement à la solde de leur
unique patron politique : « le représentant des musulmans, il n’y
en a qu’un, c’est moi ! » a-t-il déclaré un jour devant ses
clients communautaires.
On se croirait revenu cent ans en arrière ! Aussi la description faite par
le politologue Raberh Achi de la « politique musulmane » sous
l’Algérie coloniale pourrait-elle s’appliquer, en grande partie, au cas
montpelliérain actuel : « Le principe de séparation apparaît
tout d’abord comme un instrument de contrôle politique dans la mesure où
l’interprétation de la loi de 1905 aboutit paradoxalement à la constitution
d’un clergé officiel de par l’incitation à la constitution d’associations cultuelles
; il est interprété ensuite comme une règle économique servant à conserver d’un
côté un fonctionnariat du culte et à le rémunérer et de l’autre d’isoler toute
tentative de création de lieux de culte indépendants par un refus de
financement ; enfin, il constitue un argument discursif tendant à souligner
l’impératif de la distinction des sphères politique et religieuse dans la
mission civilisatrice française et par le biais d’une entreprise diffuse de
laïcisation. En dépit de leur caractère contradictoire ces différents registres
discursifs font apparaître que le principe de séparation fluctue dans son
application pour signifier très souvent son contraire, à savoir des formes de
césaropapisme ».
Dans le cas précis de
Montpellier, comme l’a très bien montré Adda Sadi dans son mémoire de DESS,
il s’agit moins cependant d’une « officialisation de l’islam » que
d’une municipalisation du culte musulman sous le contrôle direct du
Maire. En effet, dès le milieu des années 1980, G. Frêche a tenté d’initier une « politique musulmane » sous la tutelle de la mairie - pour ne pas dire sous le diktat du Maire -, tissant des réseaux
communautaires et cooptant des dirigeants musulmans faisant allégeance à sa
personne. Mais, il est vrai, qu’à l’époque, dans l’esprit de G. Frêche, la
« communauté musulmane » se limitait à la seule « communauté
harkie » et il comptait bien s’appuyer sur celle-ci pour construire
un « islam municipal » entièrement inféodé à ses intérêts politiques
et électoralistes. Il s’agit moins de valoriser les Harkis par rapport aux
autres musulmans (Marocains, Algériens, Tunisiens et enfants d’immigrés) que de
les prolonger dans leur rôle de supplétifs.
D’une certaine manière,
l’on pourrait dire que G. Frêche a orchestré un semblant de valorisation des
Harkis mais qui se fondait, en réalité, sur un profond mépris à leur égard.
Dans les années 1980, G. Frêche considérait déjà les Harkis comme des « sous-hommes »
mais des « sous-hommes utiles » ! Il cherchait à les
transformer en supplétifs de sa propre « politique musulmane » à
l’échelon municipal. C’est toute la différence avec les temps actuels, où
les enfants de Harkis désireux de s’émanciper de la tutelle frêchienne, provoquent
la fureur de l’autocrate languedocien, les traitant comme des « sous-hommes »
devenus inutiles, sinon « moins utiles » que par le passé.
C’est dans cette perspective d’instrumentalisation politique à outrance de la « communauté
harkie » qu’a été promu un personnage obscur, sans aucun charisme, ancien
agent municipal, Khatir Nédromi, qui sera « l’homme de main » de G.
Frêche pour toutes les affaires locales concernant de près ou de loin l’islam
et les populations d’origine maghrébine. Sur ce plan, K Nédromi fait figure de
« Bachaga des temps modernes » - bien que la formule soit antinomique - qui exécutera pour le maire de Montpellier toutes les basses besognes en
matière communautaire, ne disposant de facto d’aucune autonomie par
rapport à la municipalité. « Bâtisseurs de mosquées » pour certains,
« intermédiaire corrompu » pour d’autres, K. Nédromi assoit
progressivement son « influence patriarcale » sur la communauté
musulmane montpelliéraine, empêchant toute tentative d’émergence d’un islam
autonome. En 1997, il se voit récompensé de sa « fidélité » et de ses
« loyaux services » par la remise « clef en main » d’une
salle de prière de 2500 places dite « Mosquée Avicenne » (quartier du
Petit Bard), dont les travaux ont été entièrement financés sur fonds publics
municipaux (3,5 millions de francs) et dont les statuts entérinent une
dépendance totale à l’égard de la mairie, contrevenant aux principes
fondamentaux de la laïcité française, comme le rappelle Adda Sadi dans son
mémoire : « Ainsi, toute modification au sein de l’équipe
dirigeante devra être immédiatement signifiée à la mairie. Une dissolution de
l’association ou toute autre situation de droit entraînera une résiliation
immédiate de la convention. Une clause prévoit enfin qu’à tout moment, ‘si
l’intérêt général le justifie’, la Ville peut récupérer les locaux après
préavis d’un mois ».
A Montpellier, nous
sommes donc confrontés à une « caricature de laïcité » :
celle-ci n’est pas simplement violée systématiquement par la mairie mais elle
est aussi détournée à des fins purement autoritaires et sécuritaires pour faire
taire toute « voix musulmane » dissidente ou simplement critique. On
se croirait revenu à l’époque de Napoléon ou, pire, aux « années noires »
de Vichy, avec l’Union générale des Israélites de France (UGIF), créée par le
régime du Maréchal Pétain dans le but de contrôler et de ficher les Juifs de
France.
Bien sûr, le contexte est totalement différent. Heureusement, l’antisémitisme
d’Etat a disparu en France. Mais le rapport développé par G. Frêche à l’égard
des Musulmans, de Montpellier, combinant volonté de contrôle sécuritaire et
islamophobie haineuse, nous rappelle tristement certains réflexes vichyssois.
Si jusqu’au début des
années 2000, les « Harkis » (ou plutôt la représentation fantasmée de
cette communauté) ont constitué le pivot de la « politique
musulmane » de l’ancien maire, ce ne n’est plus le cas actuellement.
Nicolas Sarkozy a inventé le concept d’ « immigration
jetable » ; Georges Frêche celui de « communauté
jetable » ! La démographie locale aidant, la « communauté
harkie » pèse moins aujourd’hui dans l’agglomération montpelliéraine - ce sont les Marocains et les Français d’origine marocaine qui sont
désormais majoritaires -, G. Frêche croit pouvoir se passer de leurs services. Après les avoir utilisés
et instrumentalisés pendant près de vingt ans, afin de bâtir sa
« politique musulmane », il veut désormais les réduire au silence.
C’est bien connu, les « sous-hommes » n’ont pas le droit à la parole.
« Moi qui vous est donné votre boulot de
pompier, gardez-le et fermez votre gueule ! », tout est dit dans cette déclaration de G. Frêche du 11
février 2006 : il prétend réduire les Harkis et leurs enfants à un rôle
d’auxiliaires silencieux de son pouvoir personnel.
En effet, la
réélection de G. Frêche à la tête de la municipalité, en mars 2001, se traduit
par une réorientation partielle de sa politique à l’égard des musulmans
montpelliérains. Les principes restent identiques mais les
« méthodes » et les « hommes » changent légèrement.
Conscient de la montée en puissance de la « communauté marocaine » et
fidèle à ses pratiques clientélistes, G. Frêche va développer une politique de
séduction à son égard, en lui proposant implicitement de devenir le nouveau
pivot de « la politique musulmane » de la municipalité. C’est dans ce
cadre qu’il contribue à promouvoir une nouvelle figure musulmane, Lhoussine
Tahri, le « Bachaga marocain de Montpellier » qui, lui aussi, recevra
clef en main, en 2002, « sa » salle de prière de 800 m2, entièrement financée sur les fonds publics
municipaux. Nous sommes en pleine manifestation du clientélisme communautaire,
dont G. Frêche est devenu le virtuose : je te donne une mosquée contre
ton silence et les suffrages de « ta » communauté !
La nouvelle salle de prière, gérée
par l’Association des Franco-Marocains et située dans la quartier populaire de
« La Paillade » - que G. Frêche surnomme avec mépris « Ouarzazate » -, est entièrement contrôlée par la
mairie et se voit appliquer les mêmes conditions restrictives que la première
« mosquée municipale » créée en 1997 : c’est G. Frêche qui
coopte directement ses responsables et, en cas de changement de
« ligne », il se réserve la possibilité de les révoquer
unilatéralement. Par la clientélisation de la « communauté
musulmane », G. Frêche cherche ainsi à s’assurer un contrôle total
[totalitaire] des lieux de culte autant pour des motifs sécuritaires que pour
des objectifs électoralistes, comme le relève fort pertinemment Adda
Sadi : « Le choix de construire des ‘salles polyvalentes’ qui
servent de mosquées est une volonté de contrôler la communauté. En effet en
plus du financement public des lieux de cultes, celui-ci nomme le responsable
de l’association gestionnaire des lieux [...]. Si la mairie est donc prête à
financer elle-même la construction de salles de prière, elle continue à refuser
la construction de mosquées par les musulmans eux-mêmes. L’autre coté de cette
attitude volontariste semble être un désir de contrôle en nommant les futurs
gestionnaires et responsables de ses lieux ».
Outre le
clientélisme communautaire et la cooptation de « bachagas locaux »,
la « politique musulmane » de G. Frêche repose également sur une
pratique de l’humiliation systématique à l’égard des musulmans montpelliérains
à coups de déclarations ouvertement racistes et de petites phrases assassines,
confirmant son statut de « délinquant verbal ». Les manifestations de
haine sont trop nombreuses pour pouvoir être toutes citées ici. Mentionnons ses
propos au sujet des jeunes françaises qui portent le voile que l’ancien maire
de Montpellier assimile à des malades des « oreillons », ou
des imams étrangers qu’il compare à des « analphabètes » ou
encore des représentants d’une association musulmane indépendante, le Comité de
réflexion et d’innovation (CRI), qu’il identifie à des « disciples d’Al
Qaeda ».
En 2003, en visite dans une école du
quartier, il aurait parlé de sa volonté de « dératiser La Paillade [quartier populaire montpelliérain] ». Ou, pire, conviant des personnalités
musulmanes à un repas officiel, en 2004, il leur aurait fait servir des pizzas,
en leur précisant quelques minutes plus tard sur un ton ironique : « J’ai
oublié de vous dire que c’étaient des pizzas au porc ! ». Il est
probable que même Jean-Marie Le Pen n’aurait pas osé verser dans une telle
provocation.C’est la « soupe au cochon » avant l’heure et, de ce
point de vue, G. Frêche est un innovateur de la haine : ce que
Jean-Marie Le Pen a rêvé secrètement, Georges Frêche l’a réalisé publiquement,
aux yeux et aux vues de ses camarades socialistes et des personnalités locales.
Il est clair que pour le président
Frêche, ce ne sont pas simplement les « Harkis » qui sont des « sous-hommes »
mais l’ensemble des Musulmans, des Arabo-Berbères et autres espèces de « Bougnoules »,
insulte prodiguée à l’égard de jeunes montpelliérains d’origine maghrébine à
l’entrée d’un meeting pour les élections législatives de 2002 par un conseiller
municipal fidèle de G. Frêche. Le président-fondateur du CRI, Youssef
Djoufelkit, témoigne ainsi des nombreuses humiliations et vexations subies lors
de la campagne électorale de 2002 : insultes verbales, menaces physiques,
interdiction d’accéder à certains lieux publics, sans parler des phrases
assimilant les jeunes musulmans montpelliérains à des « terroristes »
et à des « partisans de Ben Laden ».
Car pour l’imperator du Languedoc-Roussillon (La Septimanie comme il aime à l’appeler), la « présence musulmane » est
fondamentalement illégitime sur le territoire français. Elle est en quelque
sorte « tolérée ». Dans une lettre-réponse à l’association des
Etudiants musulmans de France (EMF-section de Montpellier) qui, comme son nom
l’indique, est animée par des étudiants français de culture musulmane, il
écrivait ainsi : « Vous connaissez le vieux proverbe paysan qui
résume la sagesse universelle : ‘dans un pays il faut suivre la mode ou
quitter le pays’ ».
En somme, selon le professeur Frêche, les citoyens français de culture
musulmane doivent se taire ou faire leurs valises !
« Lepénie-les-Flots » :
un calque local du programme du FN
Mais au-delà de sa haine
pour les musulmans croyants et pratiquants, le discours de G. Frêche recèle une
dimension xénophobe et anti-immigrés qui le classerait davantage dans la droite
nationaliste, voire à l’extrême droite, que parmi les
« Républicains », à moins de considérer que l’ancien maire de
Montpellier est l’héritier d’une gauche nationaliste, populiste et autoritaire,
digne de Doriot et de Déat. A ce titre, son entretien dans La Gazette de Montpellier, datée du 2 mai 2003, constitue un calque presque
parfait du programme électoral du Mouvement pour le France (MPF) de Philippe de
Villers et/ou du Front national de Jean-Marie Le Pen (cliquez ci-dessous pour
lire l’intégralité de l’interview http://oumma.com/article.php3 ?id_article=1959). On y retrouve les
thèmes favoris de l’extrême droite française adaptés au contexte montpelliérain.
En premier lieu, s’y
exprime une profonde aversion pour les élites politiques du moment et, en
particulier, celle de son propre « camp », les élites socialistes
accusées de trahir le peuple français :
« Il y a quinze ans, quand
j’alertais la gauche sur les problèmes de l’insécurité, quand je disais que le
peuple avait droit à la sécurité, quand je faisais signer des pétitions pour
demander plus de policiers à Pasqua, ou que je soutenais les efforts de
Chevènement en matière de prévention et de police de proximité, la gauche
angélique me montrait du doigt en stigmatisant « la gauche
barbelée ». La gauche caviar, dans sa morgue et sa
suffisance, n’a jamais su analyser ce développement du sentiment de peur chez
les gens. On voit où cela nous a conduit. Alors, de même qu’il ne faut
pas laisser le drapeau tricolore, "La Marseillaise", ou la sécurité,
à Le Pen, il ne faut pas non plus lui laisser l’immigration ».
Son anti-élitisme (thème
fétiche des politiciens populistes) s’accompagne d’un
anti-immigrationnisme : les « immigrés », catégorie fourre-tout,
dans laquelle il englobe abusivement les citoyens français héritiers de
l’immigration et les enfants de Harkis, sont clairement désignés comme une
« menace intérieure » pour la cohésion nationale :
. Question du journaliste : Vous
trouvez qu’il y a trop d’Arabes en France ?
« Je dis que l’incapacité de notre
pays, depuis quarante ans, à intégrer convenablement les millions de citoyens
nés, sur notre sol, de parents d’origine étrangère, constitue le plus grand
échec politique français des quarante dernières années,
et la plus grande menace intérieure pour notre avenir ».
Mais, plus grave encore,
G. Frêche induit l’idée que c’est bien l’immigration maghrébine qui pose
problème, en ce sens que les précédentes vagues migratoires se seraient
intégrées sans grande difficulté à la société française. Là aussi, on voit
s’exprimer un thème récurrent de l’extrême droite française, réhabilitant d’une
manière démagogique les « anciens immigrés » (Italiens, Espagnols,
Polonais...) pour mieux stigmatiser les « nouveaux » ou ceux qui sont
représentés comme tels :
« Cela a été vrai pendant près de
120 ans : depuis le milieu du XIXe siècle, notre pays a largement assuré sa
croissance démographique par un apport massif de population étrangère. Cette
arrivée d’étrangers, venus d’abord d’Italie, puis d’Espagne, du Portugal, ou
encore de Pologne, ne s’est pas faite sans heurts. Mais en quelques années, une
génération tout au plus, l’intégration a fait son oeuvre. Et les enfants
d’immigrés n’ont jamais connu de difficultés à vivre durablement au sein de
notre nation... sauf depuis les vingt ou trente dernières années. Je le
constate. tous les jours à Montpellier, mais c’est vrai sur l’ensemble du
territoire : l’intégration des fils d’immigrés, venus
du Maghreb, est de moins en moins réussie au fur et à mesure que les années
passent. C’est-à-dire qu’au lieu de progresser vers une solution, nous
régressons chaque année un peu plus ».
Et pour quelles raisons,
selon G. Frêche, l’immigration maghrébine serait-elle moins « intégrable »
que les précédentes vagues migratoires ?
L’ancien maire de
Montpellier avance, d’abord, le facteur démographique, reprenant en cela le
thème de « l’invasion » cher à l’extrême droite. En somme les
« Maghrébins » seraient d’autant plus dangereux pour la cohésion
nationale, qu’ils seraient plus nombreux sur le territoire français. C’est la vraie
fausse théorie eugéniste du « nombre » :
« Par exemple, cet élément nouveau,
inconnu dans le passé : la communauté française d’origine maghrébine devient si
nombreuse qu’une partie d’entre-elle ne souhaite plus s’intégrer, tout
simplement ! Dans certains quartiers, ces fils de l’immigration ont même
tendance à refouler les Français d’origine qui y vivent, pour délimiter ce
qu’ils appellent leur territoire ».
Le
président de Languedoc-Roussillon se lance, ensuite, dans des explications
« civilisationnelles », cautionnant la thèse du « péril
vert », reprise pure et simple de la propagande d’extrême droite de
l’entre-deux guerres sur le « péril juif ». En deux mots :
l’islam ne serait pas une religion comme les autres et les musulmans de
France seraient susceptibles à tout moment de trahir l’intérêt national, en
basculant dans le camp du radicalisme islamique :
« La renaissance de l’intégrisme ne
facilite pas les choses : elle accélère le processus. L’arrivée en Europe
de propagandistes de l’Islam radical, la multiplication
des mosquées où l’on entend parfois des discours très violents, les télévisions
par satellite, les cassettes d’inspiration fondamentaliste, tout cela fait,
qu’une partie de la communauté musulmane, de plus en plus
« encadrée », marche à reculons dans l’intégration [...]. Elle
progresse. Et ce qui complique le problème, c’est que l’islam,
contrairement au christianisme, mélange le religieux, le politique (le
calife était chef d’état) et le militaire (les califes étaient chefs
militaires). Quand Jésus dit : "mon royaume n’est pas de ce monde",
les responsables de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) ; ceux
qui ont sifflé Sarkozy, répètent que "le Coran est notre constitution." Face à cette dérive,
la République française n’a pas su, ou n’a pas voulu, définir les conditions
de l’intégration dans notre pays : c’est une faute historique, dont les
dégâts sont encore à venir. Notre République hésite : l’affaire du "voile
islamique" est particulièrement révélatrice à ce sujet ».
Sexiste, raciste,
xénophobe, islamophobe, communautariste en puissance et en acte,
négationniste de l’histoire coloniale mais toujours « socialiste »
ou, du moins, adhérent et responsable du PS ! C’est un cauchemar éveillé
mais c’est pourtant bien la « réalité vraie », comme diraient
certains. Comment un élu socialiste qui depuis, plus de vingt ans, a revêtu les
habits de la haine ordinaire et de « délinquant verbal » peut-il être
reconduit sans heurts à l’investiture d’un parti politique qui se réclame de
l’universalisme républicain, de l’humanisme et de l’antiracisme ? Si l’histoire
ne se répète pas, elle est porteuse de leçons qu’il conviendrait de méditer.
Epilogue : la « leçon
de Jaurès » ou quand l’antisémitisme a emporté la gauche socialiste
Réélu député, Jaurès
avait décidé, en avril 1895, d’effectuer son premier voyage en terre d’Algérie
qui comptait, à l’époque, l’une des plus importantes fédérations socialistes de
France. « Elle pesait », comme on dirait aujourd’hui dans le langage
militant. Le récit de ce « voyage jaurésien », magnifiquement conté
par l’historien Charles-Robert Ageron, révèle un leader socialiste profondément
septique : « surtout depuis le décret Crémieux, voulu par les colons
algériens pour diviser la masse indigène et regretté par eux du jour où ils
s’aperçurent que la masse des voix juives pouvait arbitrer leurs élections,
l’antijudaïsme est, en Algérie, une plate-forme électorale ».
D’ailleurs Jaurès lui-même « croyait alors, comme beaucoup de
socialistes, que dans l’antisémitisme ‘soufflait un véritable esprit
révolutionnaire’ ; il espérait aussi assister à la ‘réconciliation de
l’Européen et de l’Arabe’ [...]. La tâche des socialistes d’Algérie lui
paraissait donc double : ‘arracher à l’opportunisme juif le pouvoir qu’il
monopolise’, et coordonner leurs efforts avec ceux du socialisme français ».

Influencé par les
multiples pressions de la fédération socialiste d’Algérie [française], Jaurès a
cru, pour un temps du moins, que « socialisme » et « antisémitisme » étaient, d’une part, parfaitement conciliables et que, d’autre part, cette combinaison paradoxale pouvait être « utile »
au triomphe du socialisme français. Mais heureusement, cet aveuglément jaurésien ne fut que de courte durée. Face aux excès de la propagande haineuse
des leaders socialistes locaux (Saurin, Chaze et surtout Viviani), pour qui « en
Algérie, la meilleure forme de combat social c’est l’antisémitisme »,
Jaurès compris très vite que l’idéologie coloniale (« diviser pour mieux
régner ») et l’antisémitisme de ses camarades étaient non seulement
« méprisables » mais qu’ils pouvaient aussi conduire la gauche à sa
faillite électorale et morale : « la colère est plus forte chez
les indigènes que la peur, et pour maintenir l’ordre troublé par les exactions
des colons, il faudra du sang et encore du sang ! .... Il ne restera
plus qu’un îlot de 400 000 colons battu d’une énorme houle d’éléments
étrangers. Ce sera tout simplement la fin de l’Algérie ».
Et, on pourrait rajouter, à la suite de Jaurès, « ce sera tout simplement la
fin du socialisme colonial » !
Une « leçon de
Jaurès » à méditer au présent...
Adda SADI, Le fait musulman à
Montpellier. Etat des lieux, mémoire de DESS sous la direction de Vincent
Geisser, DESS « Management interculturel et médiation religieuse »,
IEP d’Aix, 2001-2002.
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