Georges Frêche, un « sous élu » récidiviste de la haine verbale (1ère partie)
20 février 2006
Sexiste, mégalomane,
communautariste, islamophobe, nostalgique du « bon vieux temps des
colonies »..., on le savait déjà !
Georges Frêche, ancien maire de Montpellier, imperator socialiste de la
région Languedoc-Roussillon, vient de récidiver, en franchissant une nouvelle
fois la « ligne brune ». Récemment, il n’a pas hésité à qualifier les
enfants de Harkis de « sous-hommes » (cf. déclaration complète
ci-dessous), notion inspirée de l‘idéologie national-socialiste. La direction
nationale du PS a réagi « très modérément », peu choquée semble-t-il
par ce « dérapage verbal » qui puise pourtant directement dans la
rhétorique nazie.
Employer la formule haineuse de
« sous-hommes » n’a sans doute rien à envier aux calembours
antisémites de Jean-Marie Le Pen ou à « l’humour tendancieux » de
Dieudonné. Rappelons quand même pour ceux qui l’auraient oublié que
« sous-hommes » (en allemand : Untermenschen) est l’un
des concepts centraux de l’idéologie raciste des nazis. Elle désignait les représentants des
races dites « inférieures », à savoir les Juifs, les Tziganes et les
Slaves et a même fait l’objet d’une codification sur le plan juridique par le
biais des lois de Nuremberg de 1935. Elle visait à animaliser des êtres vivants
pour mieux justifier leur élimination et leur extermination. Georges Frêche,
professeur d’histoire du droit à la prestigieuse université de Montpellier 1
pouvait-il ignorer la signification et la connotation précises du terme ? Pour
sa défense, certains diront que sa langue a fourché mais ici la « fourche »
évoque étrangement la croix gammée.
Ce n’est pas simplement l’élu qui a
déshonoré la République. C’est aussi l’enseignant qui a déshonoré l’Université
française, parce qu’il est censé connaître et transmettre l’Histoire aux
nouvelles générations d’étudiants. On peut d’ailleurs s’étonner qu’aucune
autorité académique n’ait à ce jour pris position sur les étranges jeux de
langage du « professeur Frêche ». Il est vrai que la tendance
actuelle serait plutôt à banaliser les propos xénophobes des élus républicains
(« youyous dans les mairies »,
« polygamie des femmes immigrées »,
« retrait de la nationalité française » aux mineurs délinquants...) et le contexte préélectoral
explique sans doute beaucoup de choses : la fédération PS de l’Hérault est
l’une des plus importantes de France (« elle pèse » comme on
dirait dans le langage militant) et G. Frêche tend à être considéré par la rue
Solferino comme un « capteur de suffrages » irremplaçable. De ce
point vue, il est vrai que le dérapage frêchien ne pèse pas grand-chose au
regard des enjeux de l’investiture socialiste : pourquoi froisser un
« ami » qui vous veut du bien ? Ici, le « Bien » ne se
confond pas avec la « morale de l’Histoire » mais avec la
« morale électorale », à savoir les réserves des suffrages d’adhérents
en vue de la présidentielle de 2007.
Certes, on pourrait y voir
simplement une nouvelle « gaffe politique » de la part d’un élu local
habitué, il est vrai, aux excès de langage sur les femmes, les étrangers et les
minorités culturelles et religieuses. Toutefois, à y regarder de plus près, le
« dérapage » de G. Frêche s’inscrit dans une longue chaîne de la haine
verbale qui n’est pas sens effets sur sa manière de « faire de la
politique ». Force est de constater que le président de la région Languedoc-Roussillon
a promu un système de gouvernement local fondé sur le populisme,
l’autoritarisme et le clientélisme communautaire, s’érigeant ainsi en despote
languedocien et recourant fréquemment à l’intimidation pour faire taire ses
détracteurs et ses adversaires politiques.
Une convergence ancienne avec
l’extrême droite et les criminels de l’OAS : la chasse aux « suffrages
roses bruns »
Si, depuis le milieu des années
1980, la droite méridionale (Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes Côte
d’Azur) a fait du « dragage des suffrages » de l’extrême droite une
de ses spécialités électorales, l’on peut dire que, sur ce plan, le
« socialiste » Georges Frêche a été incontestablement un innovateur
et un précurseur. En effet, dès 1973, le futur député-maire est allé
directement démarcher auprès du Front national qui, à l’époque n’était encore
qu’un groupuscule fascisant,
pour assurer sa victoire au deuxième tour des élections législatives dans la
circonscription de Montpellier-Lunel.
Les récits de cet événement sont
édifiants et auraient dû faire exclure logiquement et définitivement G.
Frêche de la galaxie socialiste et républicaine.
Au contraire, les appels frêchiens en direction du parti d’extrême droite
constituent pour ainsi dire son baptême électoral. Pour faire battre le
candidat gaulliste (UDR, ancêtre du RPR et de l’UMP), Georges Frêche n’a pas
hésité, à l’époque, à se rendre en personne au siège local du FN, portant
l’accolade au leader fascisant au nom d’une haine commune des gaullistes (ceux
qui ont donné l’indépendance à l’Algérie !). Mais faute d’obtenir un
accord électoral en bonne et due forme, G. Frêche utilisera dès le milieu des
années 1970 les services d’anciens de l’OAS pour attirer à lui les suffrages
des nostalgiques et des radicaux de l’Algérie française. En somme, G. Frêche a
compris très tôt l’intérêt de capter cet électorat « rose brun »,
formé, en grande partie, d’anciens électeurs de la gauche coloniale (SFIO et
Parti radical), déçus par la gauche et reprochant virulemment aux « gaullistes »
de les avoir abandonnés.

Mais l’on
commettrait probablement une erreur d’interprétation si l’on y voyait
uniquement des manœuvres électorales conjoncturelles. En réalité, celles-ci
vont connaître un certain processus de stabilisation et d’institutionnalisation
dans le temps : à l’échelon local, notamment municipal, G. Frêche est
parvenu avec beaucoup d’habileté à conserver sous les couleurs socialistes (PS)
un électorat blessé et radicalisé, en fournissant des signes très clairs de son
adhésion à des thèses que l’on pourrait qualifier de
« révisionnistes » sur le plan historique et relevant très largement
de la légende coloniale. Ainsi, le député-maire usera fréquemment des
registres affectif et symbolique, donnant naissance à une nouvelle légende
locale : Montpellier promue « petite Algérie française » au cœur
du Languedoc-Roussillon !
Encore
faut-il préciser que la légende coloniale frêchienne ne puise pas dans celle de
ces Pieds noirs pacifistes partisans de la réconciliation et qui trouve
aujourd’hui une certaine expression politique au PS (Georges Morin et son
association de dialogue « Coup de Soleil » par exemple) mais dans une
idéologie revancharde qui joue très largement sur les frustrations, le racisme
anti-arabe et l’idée de l’illégitimité de la « présence musulmane »
en France. Sur ce plan, il n’y aucune ambiguïté : G. Frêche partage la
même haine des « gaullistes » (identifiés à des
« traîtres »), des « Maghrébins » (ceux qui nous ont
chassé) et des « Musulmans » (les envahisseurs) que les leaders du
Front national, ce qui explique, en grande partie, que sa rhétorique reproduit
grossièrement les clivages hérités de l’Algérie française, avec d’un côté les
Européens (la « race des seigneurs »), de l’autre, les
« indigènes musulmans » (la « race inférieure ») et entre
les deux, les « juifs sépharades » qui sont de plus en plus assimilés
à des « Pieds noirs juifs », alors que, rappelons-le, ce sont des
autochtones (originaires de Palestine, Andalous, Livournais, Berbères, etc.) et
non des anciens colons.
Il est intéressant de savoir où se
situent précisément les Harkis et leurs enfants dans le cadre de cette
représentation frêchienne de la « coexistence communautaire ». Là
aussi, les différentes déclarations du despote languedocien ne laissent
planer aucune zone d’ombre : les Harkis sont identifiés dans le discours
frêchien au bloc des « Maghrébins-Musulmans », considérés comme des supplétifs
qui ont certes droit à des gratifications matérielles et symboliques pour
services rendus à la France (logement, emplois, plaques commémoratives...), mais
qui sont soumis à un code du silence. Ils sont traités en quelque sorte comme
des « sous-hommes protégés » et, en échange de leur protection, ils
doivent allégeance totale au patron politique local, faute de quoi ils sont
écrasés et humiliés publiquement, à l’instar de la déclaration virulente de
Georges Frêche, le samedi 11 février 2006 : « Vous êtes vraiment
d’une incurie incroyable. Vous ne connaissez pas l’histoire. Moi qui vous ai
donné votre boulot de pompier, gardez-le et fermez votre gueule ! Je vous
ai trouvé un toit et je suis bien remercié. Arrêtez-vous !
Arrêtez-vous ! Allez avec les gaullistes ! Allez avec les gaullistes
à Palavas. Vous y serez très bien ! Ils ont massacré les vôtres en Algérie
et vous allez leur lécher les bottes ! Mais vous n’avez rien du
tout ! Vous êtes des sous-hommes ! Rien du tout ! Il faut que
quelqu’un vous le dise ! Vous êtes sans honneur. Vous n’êtes pas capables
de défendre les vôtres ! Voilà, voilà...Allez, dégagez ! ».
Mais au-delà de ces nombreuses
outrances verbales, c’est tout un système politique local à la fois
clientéliste et communautariste que Georges Frêche a mis en place dans sa ville
de Montpellier et dans la région Languedoc-Roussillon. Ce système basé sur une
gestion populiste mériterait à lui seul une analyse approfondie.
(A suivre la semaine prochaine) :
. Georges Frêche, communautariste en
chef : « diviser pour mieux régner »
. Les sous-hommes sont-ils aussi des
sous-militants et des sous-électeurs ?
Jean-Yves CAMUS, Le Front national, histoire et
analyses, Paris, Laurens, 1997. Renaud DELY, Histoire secrète du Front
National, Grasset, 1999.
LDH de Toulon,
« Socialiste ou colonialiste, il faut choisir »,
http://www.ldh-toulon.net/article.php3 ?id_article=1133, 16 janvier 2006. Lire
aussi « Une déviance morale peut en cacher une autre. Quand Frêche
démarchait le FN », L’Agglorieuse, http://www.lagglorieuse.com/article.php3 ?id_article=254,
30 juin 2004.
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