I`jaz `Ilmiy : la « miraculosité scientifique » du Coran (1/2)
13 novembre 2008
En Mars 2008
a eu lieu à Sétif (une des plus grandes villes d’Algérie) un congrès
« scientifique international » sur l’I`jaz `Ilmiy
(« Miraculosité » ou « Contenu Scientifique Miraculeux »)
du Coran et de la Sunna, sous le haut patronage du Président Bouteflika, et
sous l’égide de l’« Autorité Mondiale de l’I`jaz Scientifique dans le
Coran et la Sunna ».
Le discours
d’ouverture a été prononcé par M. Belkhadem, alors Premier Ministre algérien,
en présence du ministre des Affaires religieuses et de nombreux dignitaires.
M. Belkhadem a ainsi affirmé que « bon nombre de chercheurs et de savants
ont fini par admettre que leurs prouesses et inventions existent bel et
bien dans le Coran » ! La presse algérienne s’est largement fait l’écho de
telles déclarations, sans omettre de souligner l’engouement du public et celui
de nombreux scientifiques à ce sujet.
Pour avoir
une idée des interventions qui ont été présentées, mentionnons les exemples
suivants : « Les satellites témoignent de la vérité de la
prophétie de Mohammed (Que la Paix et la Grâce soient sur lui) » ;
« L’I`jaz scientifique dans la description dans le Coran du mouvement
des ombres » ; « Le miracle dans la thérapie par le
miel » ; « Le poids d’un atome
dans une perspective numérique ».
La palme du « papier » le plus stupéfiant revient
sans conteste à un chercheur du département d’énergie bio et de
l’environnement (du centre des énergies renouvelables) qui estime avoir trouvé
la technologie de l’énergie par la cellule d’hydrogène dans le fameux verset de
la Lumière, qui un des plus sublimes et des plus imagés du Coran. On est en
fait, pour prendre le contre-pied de ce « papier », en plein dans les ténèbres…
En décembre
2006, la même Autorité Mondiale sur l’I`jaz Scientifique dans le Coran et la
Sunna avait organisé l’édition précédente de cette série de
congrès, au Koweït (à l’hôtel Sheraton) en présence de nombreux
dignitaires. Durant plusieurs jours, des « spécialistes » ont
présenté 86 documents de travail (en sessions parallèles) sur des sujets comme :
·
L’I`jaz (miracle) scientifique dans la destruction par le cri
puissant
·
L’I`jaz scientifique dans la distinction entre l’urine de la
jeune servante et celle du nourrisson mâle
·
La maladie et le remède dans les deux ailes de la mouche
·
La description miraculeuse de la (re-)création des corps
humains (et non de l’âme) à partir de l’os de la queue, le jour de la
résurrection
·
Le miracle dans la « descente » du fer (du ciel) et
ses graves endommagements
·
Étude de l’effet d’une saignée sur la biologie moléculaire de
patients atteints d’hépatite C
·
La supériorité du traitement du bas du dos par des prières sur
le traitement par lasers
·
Aperçu de l’I`jaz scientifique dans le hadith prophétique
relatif au remède par le vinaigre.
Pour clore cette série hallucinante de « recherches » et
« congrès scientifiques », je voudrais signaler que certains
« chercheurs » musulmans vont jusqu’à affirmer aujourd’hui que La
Mecque est le centre magnétique du monde. J’ai personnellement entendu des
professeurs d’universités insister sur ce point lors d’une conférence
scientifique internationale. Une interview télévisée
d’un chercheur égyptien affirmant cela est ainsi disponible sur le net. En
février 2008, j’ai même reçu une invitation pour participer à un colloque dont
le thème était « La Kaaba comme centre du monde ! »
Certains
lecteurs non avertis estimeront certainement que tout cela émane d’individus
ignorants qui, par excès de zèle envers le Coran et la Sunna, consacrent leur
temps à tenter de trouver des relations numériques ou
« scientifiques » entre certains versets ou hadiths et les
connaissances d’aujourd’hui que tout un chacun peut trouver sur un site ou dans
un livre.
Cela est en
partie vrai, et combien d’écrits de ce genre sont produits, vendus, achetés et
présentés sur les chaînes de télévision arabes qui en « raffolent »
particulièrement. Mais le plus dangereux est que cette tendance inclue
également un grand nombre de professeurs d’universités qui demeurent convaincus
par ces « trouvailles » jusqu’à y consacrer des « travaux de
recherche » assidus.
L’exemple
certainement le plus célèbre est celui du calcul de la vitesse de la lumière à
partir d’un verset coranique (« Il réglemente (toutes) les affaires
depuis les cieux jusqu’à la terre : au final (toutes les choses) vont vers
Lui, en un Jour, dont la durée sera (comme) un millier d’années de ce que vous
comptez ». 32:5) par Mansour Hassab-Elnaby, alors professeur de
physique à l’Université de Ain Shams, au Caire, décédé depuis. Par un
« tour de force » abracadabrantesque, il en tire la valeur précise
de 299792.5 km/s !
Plus
récemment, Kamel Ben Salem, professeur d’analyse des données dans le département
des sciences informatiques de l’Université de Tunis, a suivi l’exemple et la
« méthodologie » de Hassab-Elnaby en partant d’un verset similaire
(70:4, qui donne un « jour » auprès de Dieu comme 50 000 ans
au lieu de 1000 ans dans le verset utilisé pour la vitesse de la
lumière) ; Ben Salem parvient à obtenir aussi bien l’âge de la terre (4
565 704 538 ans) que l’âge de l’univers (13 697 113 614 années), mais aussi le
temps restant jusqu’au jour du jugement (4 565 704 538 ans aussi), tout cela
avec une précision que même les techniques scientifiques les plus sophistiquées
n’obtiennent pas !
Les exemples
abondent, je dirai seulement qu’une recherche rapide sur Internet sur ce genre
de littérature permet de découvrir des titres comme « Le monde
subatomique dans le Coran », « La Science et la Sunna :
le Code Génétique », « La Théorie de la Grande Unification
(GUT) : ses Prédictions dans le Coran », « L’Islam et la
Deuxième Loi de la Thermodynamique », etc. D’autres articles
proclament tout simplement que le Coran avait prédit l’invention du téléphone,
du fax, de l’email, de la radio, du télégraphe, de la télévision, des lasers,
ainsi que l’existence des pulsars et des trous noirs…
Un rapide exposé historique
On peut faire
remonter cette « théorie » très loin dans le temps, jusqu’à certains
grand érudits comme Al-Suyuti (1445-1505), ou
même Al-Ghazali (1058-1111), même si l’idée de
faire concorder des faits ou découvertes scientifiques précises avec des
versets coraniques n’a réellement émergé qu’au début du vingtième siècle.
On affirme
souvent que la récente « flambée » de l’I`jaz fut déclenchée par
Maurice Bucaille, le chirurgien français qui a publié en 1976 le livre « La
Bible, le Coran et la Science : Les écritures saintes examinées à la
lumière des connaissances modernes » dans lequel il déclare que le
Coran ne contient non seulement aucune assertion pouvant être contredite par
les connaissances scientifiques les plus récentes, mais comporte, en outre, des
références à certains faits qui ne pouvaient être connus de quiconque il y a
quatorze siècles.
En fait, on
peut probablement attribuer le lancement de cette approche à Muhammad
al-Iskandarani, un médecin qui, vers 1880, écrivit deux livres visant à « mettre
à jour les secrets lumineux coraniques à propos des corps célestes et
terrestres, des animaux, des plantes, et des substances métalliques ».
Il fut suivi par d’autres, dont les programmes étaient plus audacieux, comme
Tantawi Jawhari, qui produisit en 1923 rien de moins qu’une encyclopédie coranique
entière portant sur des sujets scientifiques, avec des images et des tableaux,
« démontrant » point par point que le Coran contenait des « joyaux »
(jawahir dans le titre de son livre) de connaissances ayant précédé
toutes les découvertes modernes.
Aujourd’hui,
ce mouvement qui s’est largement amplifié, jusqu’à devenir dominant dans le
paysage culturel musulman, surtout arabe, est mené par Zaghloul Al-Naggar, en
particulier, qui a reçu en 2006 à Dubaï le Prix International du Saint Coran
en tant que « Personnalité Islamique ». Notons qu’Al-Naggar, qui est
un ancien professeur d’université en géologie, est le président du Comité de la « Miraculosité Scientifique »
du le Saint Coran et membre du Conseil Suprême des Affaires Islamiques en
Égypte.
Dans la seconde partie de cet article, j’exposerai
la méthodologie de l’I`jaz (en théorie et en pratique), et je discuterai assez
brièvement les causes de ce phénomène culturel.
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