Malek Le Pen ou Jean-Marie Boutih ?
17 mai 2005
Une fois n’est pas coutume : le quotidien du
Front national, Français d’abord, dans son édition du 13 mai 2005,
a rendu un hommage vibrant à un dirigeant du Parti socialiste. Il s’agit de
Malek Boutih, ancien président de SOS-Racisme, secrétaire national chargé des
questions de société, membre du Bureau national du parti. A l’origine de ce
satisfecit frontiste pour un leader socialiste : un rapport confidentiel sur
l’immigration, commandé par François Hollande en vue de la préparation des
présidentielles de 2007, dans lequel « M. Boutih a repris en l’espèce ‘les
propositions faites par le Front national en 2002’, plus précisément une partie du programme du candidat Jean-Marie Le Pen à l’élection
présidentielle [...] ».
Ainsi, le Front national salue t-il « le bon sens » de
l’ancien président de SOS-Racisme qui confirme « plus que jamais que la
lepénisation des esprits est en marche, sachant que nos compatriotes ne
manqueront pas de préférer l’original à la copie [...] ».
Au-delà de cette satisfaction de l’extrême droite
qui voit dans ce rapport confidentiel du PS une validation et surtout une légitimation
de ses thèses anti-immigrationnistes, l’on peut s’interroger sur la
signification profonde de cet acte : s’agit-il d’une « gaffe
politique » commis par un individu isolé - néanmoins dirigeant national du
PS - ou d’une dérive idéologique d’un certain nombre d’élites socialistes qui
tentent de surenchérir sur des thématiques sécuritaires et nationalistes, en
vue de mobiliser un « nouvel électorat » dans la perspective des
présidentielles de 2007 ?
Refusant de tomber dans la caricature, Vincent GEISSER,
politologue au CNRS, conduit ici une analyse comparative du Rapport Boutih et
des Propositions du FN, en
montrant que, s’il existe effectivement des convergences surprenantes entre les
deux documents, il convient de rester nuancé : les propositions de M.
Boutih ne versent jamais dans le racisme et le nationalisme radical du Front
national (qu’il condamne à plusieurs reprises) mais s’inscrivent davantage dans
un double registre « populiste » et « sécuritaire », traduisant
le profond malaise d’un « parti de gauche » (le PS, héritier de la SFIO, fête cette année son centenaire) en crise de références et de valeurs.
Réalisme sécuritaire contre morale humanitaire
S’inscrivant dans le registre de
l’expertise publique à usage partisan (le rapport est destiné à la direction du
PS), Malek Boutih tente de promouvoir une
forme de réalisme politique (plus précisément une realpolitik appliquée
à l’immigration) qui entend rompre définitivement avec toute considération morale
et humanitaire. D’entrée le tableau est dressé : « Le débat sur l’immigration s’est souvent centré sur
les enjeux législatifs et les principes des droits de l’Homme, il faut
désormais aborder ce débat et les choix politiques pris en conséquence en
s’appuyant sur la situation réelle de l’immigration en France ». En
somme, M. Boutih cherche à jeter les bases d’une politique de « bonne
gouvernance » (Good governance) en matière d’immigration qui prenne
ses distances avec les errements sécuritaires de la droite républicaine (une
« politique injuste et inefficace bâtie par la droite ces dernières
années ») mais surtout avec le supposé laxisme de la gauche
socialiste. En effet, le rapport s’attache davantage à souligner les
« effets pervers » des politiques migratoires conduites par les
gouvernements de gauche que les dérives sécuritaires de la droite. Ainsi,
Jean-Pierre Chevènement qui n’a pourtant pas la réputation d’un « irréaliste »
ou d’un « utopiste » en matière migratoire se voit accusé par M.
Boutih de double langage (il dit ce qu’il ne fait pas et il ne dit pas ce qu’il
fait), rejoignant la catégorie boutihiste des ministres laxistes. Le procès de
l’action de l’ancien ministre socialiste, actuel président du Mouvement des
citoyens (MDC), est sans appel : « À cet égard, l’action de
Jean-Pierre Chevènement se résume plus à des déclarations qu’à une politique
alternative claire. Des régularisations dans le secret ont participé au flou de
la situation, attaqué à la fois par la droite pour laxisme et par l’opinion de
gauche pour sa passivité. Dans ces circonstances, la loi RESEDA, si elle était
effectivement plus humaine, n’a pas marqué de rupture claire avec les
politiques précédentes. Encore une fois, la gauche n’a fait que réparer les
conséquences des lois Pasqua. Enfin, en instaurant l’asile territorial,
temporaire et sans perspective, face à la pression migratoire, cette mesure a
considérablement tendu la situation, provoquant l’arrivée de milliers
d’étrangers sans aucune politique d’accompagnement ».
Pourtant, quelques lignes plus loin, dans un paragraphe intitulé « Nos
acquis » (sous-entendu ceux du PS), M. Boutih semble approuver « les
régularisations massives de 81, 88, et celle, plus partielle de 97, [qui] ont
permis de donner un statut juridique à des familles immigrées, souvent installées
en France depuis au moins 10 ans, les sortant ainsi de la marginalisation
sociale et économique à laquelle leurs statuts les condamnaient. Il est donc
clair que la gauche n’a fait que remettre du droit là où la droite avait laissé
la clandestinité s’installer ». Mais
ce satisfecit adressé à ses camarades socialistes est bref, puisque M. Boutih
conclue au caractère « contre-productif » des régularisations
décidées par la gauche : « Contre-productives, parce que
régulariser massivement sans changer de politique revient à accepter, donc à
encourager, l’existence d’une immigration irrégulière. En effet elle encourage
ceux qui, malgré la loi, considèrent que le plus efficace est d’être présent
sur le territoire français et d’attendre une future régularisation ».
Des conclusions sévères à l’égard de la politique suivie par la gauche ces
vingt dernières années que ne renieraient probablement pas Bruno Mégret du
Mouvement national républicain (MNR) et son
ancien patron du FN, Jean-Marie Le Pen.
« Jusqu’auBoutihisme » : une argumentation
populiste portant le sceau de l’ambivalence
A ce propos, il est parfois difficile
de suivre Malek Boutih dans sa démonstration qui reproche, tantôt à la droite
son obsession sécuritaire, tantôt à la gauche son manque de réalisme en matière
d’immigration, recourant à des illustrations souvent contradictoires. Force est
de constater que le rapport Boutih est bâti sur de multiples contradictions,
laissant une impression générale d’incohérence. Tout en revendiquant et en
assumant partiellement « l’héritage socialiste », M. Boutih prétend
distribuer des bons points et des blâmes en matière d’immigration et contribue
paradoxalement à faire le procès de la gauche, la droite apparaissant en ce
domaine à la fois plus crédible et surtout plus constante. Comme le souligne
fort pertinemment Jade Lindgaard dans le magazine Les Inrockuptibles, « pour bien décortiquer ce qui se joue de répressif
et de rétrograde dans ce rapport, il faut faire une distinction entre les
propositions concrètes et le climat idéologique du texte, plus diffus, mais
clairement identifiable à un discours de l’autorité et de la faible remise en
cause de la responsabilité de l’Etat dans la faillite d’un projet collectif
respectueux des diversités et des égalités ». En ce
sens, le rapport Boutih repose sur une série de dissonances, l’universalisme
humaniste et l’égalitarisme républicain côtoyant des registres répressifs et
sécuritaires voire, dans certains passages, des analyses aux accents nationalistes
et chauvins (la théorie du « tout fout le camp » planant comme une
ombre tout au long du rapport).
Pour cette raison,
l’on peut se demander parfois qui est le véritable commanditaire du rapport car,
à y regarder de plus près, c’est bien la gauche socialiste qui est sur le banc
des accusés, les « acquis » du PS n’étant présentés que marginalement
(à peine un paragraphe sur une dizaine de pages), comparés à ses
« erreurs » et à ses « fautes » qui font l’objet de
développements plus conséquents. De ce point de vue, on saisit mal comment le
rapport Boutih pourrait s’insérer dans la « stratégie
présidentielle » du PS pour 2007, à moins que ce dernier ne fasse son
mea-culpa sécuritaire, choisissant de tourner définitivement le dos à ses
idéaux humanistes et universalistes, au profit d’un nationalisme étriqué que
certains qualifieront désormais de « jusqu’au Boutihisme ».
« Mauvais parents » : quand les familles
immigrées produisent de la délinquance
Au-delà de l’ambivalence qui
« structure » les analyses du rapport, c’est aussi une conception
très spécifique des discriminations que développe Malek Boutih. Car, si
l’ancien président de SOS-Racisme ne nie pas le phénomène de discrimination en
France (il fut notamment à l’origine de la pratique du « testing »),
il en retourne l’imputation causale. En deux mots : les individus et
les groupes sociaux victimes de discriminations portent une certaine
responsabilité de leur état d’exclusion.
Ainsi,
le secrétaire national du PS tend à euphémiser le phénomène du racisme en
France en le ramenant à des problèmes de régulation et d’encadrement
institutionnels des « immigrés » et de leur descendance. Ce type de raisonnement
qui s’est malheureusement banalisé ces dernières années (cf. l’Appel contre le
racisme anti-blanc), y
compris dans les milieux intellectuels, tend à cantonner le problème du racisme
à la question de l’adaptabilité des « immigrés », la majorité des
Français se sentant agressés par certaines déviances : « Sans pilote dans l’avion pour organiser et
accompagner l’immigration en France, des phénomènes de discrimination se sont
enracinés dans certains secteurs comme le logement et l’emploi. Face à
ces injustices, la société française, dans sa grande majorité, s’est érigée en
rempart et a su prouver ses valeurs de tolérance et de vivre ensemble ».
En bref : s’il y a de la discrimination en France, c’est un peu la faute
aux discriminés qui développent des attitudes et des comportements déviants
dans une société majoritairement tolérante et ouverte.
A travers cette rhétorique de l’anti-racisme à
tonalité sécuritaire qui est devenue désormais le discours officiel
d’associations comme SOS-Racisme ou Ni Putes Ni Soumises, on retrouve
l’épouvantail du communautarisme et du « ghetto ethnique » qui
seraient d’abord le fait des « immigrés » en défaut d’intégration. Le
racisme de la Majorité ne constituerait en quelque sorte qu’une réponse critiquable
mais compréhensible au communautarisme des minoritaires : « L’immigration
des année 60 et 70 s’est enracinée dans notre pays, réussissant son intégration
malgré la crise. Cependant, une partie de cette population qui aurait dû
prendre totalement sa place dans la nation, s’est retrouvé enfermée dans des
ghettos avec la tentation du repli communautariste comme protection face à
cette marginalisation ».
De constat qui se veut « réaliste »,
Malek Boutih tente de pointer des responsabilités qui contribueraient, selon
lui, à aggraver la situation de rejet de l’immigration.
Au premier rang desquelles les familles immigrées
légalement installées sur notre territoire qui se feraient les complices directs
ou indirects des réseaux clandestins : « Cette déstabilisation
juridique a créé une jonction entre l’immigration régulière et l’immigration
irrégulière, en organisant une solidarité. Par exemple, quand une famille
installée depuis longtemps en France n’ayant aucune garantie sur son droit de
séjour constate que certains - arrivés plus récemment - peuvent obtenir plus
facilement des titres de séjours, elle accepte alors d’aider les clandestins
parce qu’elle peut être conduite à avoir besoin de cette même solidarité.
Autrement dit, la loi est vécue comme injuste et aléatoire. Dans ces
conditions, respecter la loi n’offre aucun avantage par rapport à ceux qui la
contournent ».
Autres responsables de cette dérive
communautariste, les parents immigrés qui seraient de bien mauvais éducateurs,
si l’on en croit M. Boutih : par leur démission de leur rôle de parents,
ils favorisaient ainsi la délinquance et les incivilités de leur descendance.
On retrouve là un thème maintes fois développé par l’ancien président de
SOS-Racisme dans ses interventions médiatiques : culpabiliser les familles
qui n’ont pas su (ou pu) transmettre à leurs enfants l’esprit et les
« vraies » valeurs de la citoyenneté française : « De
plus, cette absence de stabilité en matière de droit au séjour a
considérablement déréglé leur insertion en France. Ils se voient incapables de
projeter leur avenir dans le pays et d’éduquer leurs enfants dans cet
environnement faute de perspectives claires. On trouve là une des causes du
malaise identitaire des jeunes issus de l’immigration. L’accès à la nationalité
française est perçu de plus en plus comme un moyen de garantir une sécurité à
vivre dans notre pays, et non comme un choix fort d’appartenance à la communauté
nationale ».
Enfin, ce réquisitoire boutihiste serait incomplet,
s’il ne visait pas les associations et les organisations non gouvernementales
(la société civile) qui, par leur hyper-interventionnisme dans la
« cause » des migrants, contribueraient à désorganiser
l’administration française. En somme, pour M. Boutih, les associations de
défense des travailleurs immigrés seraient, en grande partie, responsables de
l’échec des politiques d’immigration : « Ce flou dans les règles a
encouragé, comme seule régulation, l’intervention des associations, des
personnalités morales et religieuses, ou encore d’élus, pour obtenir la
délivrance de titres de séjour. Ce qui relevait auparavant du coup de pouce
exceptionnel est devenu le lot quotidien de toutes les préfectures, au point
que certaines mobilisent des agents administratifs uniquement pour répondre à
ce type de sollicitations. L’administration est ainsi dans l’incapacité de
faire appliquer la loi et d’apporter des éléments statistiques fiables pour mesurer
la réalité de l’immigration ».
En définitive, l’analyse produite par Malek Boutih sur
les politiques françaises d’immigration et sur le phénomène migratoire en
général se greffe sur une vision à la fois autoritaire et sécuritaire, nuancée,
il est vrai, par quelques considérations « égalitaristes ».
Toutefois, ces quelques considérations humanitaires sont contrebalancées par
des propositions dites « réalistes » qui classent davantage son
auteur dans la galaxie de la droite nationaliste « dure » que dans
celle de la gauche humaniste.
Des convergences évidentes avec le programme du Front
national : quand la rose s’enflamme
Dès la première partie du rapport
(« état des lieux »), Malek Boutih prend ses distances avec les
thèses du Front national, appelant les dirigeants et les militants du PS à
« sortir de la pression politique créée depuis des années par l’extrême
droite. Son discours caricatural diabolisant l’immigration, les relents
racistes de ces analyses choquent les citoyens et les militants qui, dans un
réflexe sain, défendent les étrangers face à ces agressions et mettent en avant
les aspects positifs de l’immigration ».
Toutefois, il précise plus loin que « si
la bataille morale contre l’extrême droite est indispensable, elle ne permet
pourtant pas d’apporter des réponses concrètes aux difficultés qui apparaissent
dans notre société. À refuser d’aborder l’immigration dans toutes ses réalités,
on finit par reculer sur le terrain moral faute d’appui sur le réel. C’est
ainsi que l’extrême droite continue de prospérer sur cette thématique vécue
dans l’opinion publique comme un tabou politique ».
En langage clair, cela signifie que pour l’ancien président de SOS-Racisme la
meilleure façon de lutter aujourd’hui contre l’extrême droite, c’est de faire
« du Le Pen sans Le Pen » ou encore de « détabouiser »
certaines thématiques défendues par le FN pour les transformer en axes de réflexion
et d’action politiques.


Bien sûr, on peut voir une
contradiction majeure dans la « démarche boutihiste » qui consiste à
résister aux pressions de l’extrême droite, non pas en les combattant
frontalement mais en les assimilant partiellement au jeu politique commun.
C’est ici que l’hommage du FN au « bon sens » de
l’ex-président de SOS-Racisme prend toute sa mesure : « la lepénisation
des esprits est en marche » et
le rapport Boutih est sans aucun doute emblématique de ce processus. En effet,
sur cinq points au moins, l’on peut noter des convergences flagrantes avec les
Propositions
de Jean-Marie Le Pen pour les présidentielles 2002.
Dans un souci de clarté, livrons-nous à une brève analyse comparative en
confrontant directement le texte du Rapport Boutih à celui du Front national.
L’abrogation et la limitation du regroupement familial
. Rapport
Boutih : « Il n’y aura plus de regroupement familial automatique ».
. Propositions Le Pen : « Le
regroupement familial est, aujourd’hui encore, responsable de l’entrée en
France, chaque année, de dizaines de milliers de femmes, d’enfants ou de
proches de travailleurs étrangers présents en France : il est impératif
d’abroger ces dispositions. Le regroupement familial doit se faire dans le pays
d’origine ».
Interdire la double nationalité
. Rapport Boutih : «
Les différentes conventions bilatérales signées
avec les pays, tiers devront êtres renégociés afin de clarifier les statuts
civils ou de nationalité des citoyens originaires de ces pays. L’objectif est
de mettre fin aux statuts bi-nationaux ainsi qu’aux pratiques non conformes au
code civil français, en matière de mariage et de filiation particulièrement ».
. Propositions Le Pen : « Sauf cas de réciprocité, la France interdira à ses nationaux d’être également citoyens d’un pays étranger. Les
binationaux actuels devront choisir : soit rester français et renoncer à leur
autre nationalité, soit abandonner la nationalité française ».
Fonder la naturalisation sur l’assimilation culturelle
. Rapport
Boutih : « Les candidats
retenus auront une préparation à l’immigration durant un trimestre avant leur
arrivée, au cours duquel leur sera dispensée une formation linguistique
minimum, ainsi que des informations sur le pays et la région d’accueil. Une
pré-formation professionnelle sera effectuée sous la responsabilité et avec le
financement des entreprises concernées ou de leur syndicat professionnel [...]. Les
nouveaux immigrés devront, enfin, au moment de la délivrance de leur titre de
séjour (carte rouge), prêter serment au respect des lois de la République, de la laïcité et de l’égalité homme-femme ».
. Propositions Le Pen : « Toute
procédure d’acquisition automatique (“droit du sol”) sera abrogée. La seule
procédure d’acquisition de la nationalité française désormais reconnue sera la
naturalisation, laquelle suppose donc le désir de devenir français, désir
exprimé sous la forme d’une demande expresse. Cette naturalisation ne pourra
être obtenue qu’après vérification de l’assimilation du candidat, c’est-à-dire
l’acquisition démontrée, par le candidat et ses proches mineurs, des valeurs
spirituelles, des mœurs, de la langue et des usages qui fondent la civilisation
française ».

Une immigration non définitive : réforme du titre de
séjour
. Rapport
Boutih : le secrétaire national du PS propose d’instaurer trois
titres de séjour revoyant à des cartes de couleurs différentes,
Bleu-Blanc-Rouge (BBR) : « Les
nouveaux immigrés se verront attribuer cette carte [rouge] dés leur arrivée sur
le territoire ainsi qu’une autorisation de travail effective immédiatement.
Deux autres types de titres de séjour particuliers seront instaurés. Leur
particularité consistera à permettre un mouvement migratoire sans installation
définitive sur le territoire. Ils concerneront ceux qui, pour de multiples
raisons, ont besoin de faire des allers-retours entre leur pays et la France. Aujourd’hui, faute d’un dispositif adéquat et d’assurance sur l’octroi de visa,
ceux-ci prennent le risque de la clandestinité. C’est l’effet cliquet des
frontières fermées que l’on peut ainsi démonter. Un titre de séjour périodique,
la carte bleue, valable cinq ans et renouvelable permettra à des étrangers un
séjour et une autorisation de travail pendant six mois cumulés ou non. Les
bénéficiaires seront les travailleurs saisonniers, les chefs d’entreprise, les
commerçants, les chercheurs etc. Ce titre ne permet pas une installation
définitive ou régulière sur le territoire. Un titre de séjour étudiants, la carte
blanche, avec autorisation de travail et valable cinq ans non renouvelable sera
utilisé pour les étudiants étrangers. Ce titre ne donne pas droit à une
installation définitive sur le territoire. Les titulaires des cartes bleus ou
blanches désirant s’installer définitivement devront déposer une demande aux
agences 2A2I de leur pays d’origine. Leurs demandes seront prioritaires à
condition de n’avoir aucun moment enfreint la législation au séjour
conditionnant leur statut ».
. Propositions Le Pen : « Les
cartes de séjour actuellement délivrées pour dix ans et automatiquement
reconductibles seront remplacées par des cartes d’un an non renouvelables
automatiquement. Les immigrés en situation régulière sont censés résider en
France pour y travailler. S’ils n’ont plus de travail, il est logique que leur
départ soit envisagé. Les chômeurs étrangers arrivant en fin de droits verront
leur carte de séjour devenir caduque. Ils seront, à ce moment, invités à
retourner dans leur pays d’origine ».

Organiser le co-développement et le partenariat
. Rapport
Boutih : « La réduction
des inégalités Nord-Sud doit rester une priorité forte, non pas pour empêcher
l’immigration, mais pour la maîtriser. Les aides structurelles au développement
restent, à cet égard, essentielles, mais force est de constater que celles-ci
ont peu d’impact dans les sociétés concernées et restent accaparées par les
appareils d’Etat ».
. Propositions Le Pen : « Le
retour des immigrés chez eux devra s’opérer dans des conditions décentes, en
liaison avec les États dont ils sont originaires, surtout quand ceux-ci
relèvent de la sphère francophone. L’aide aux pays du tiers-monde sera
proportionnelle au nombre de leurs ressortissants qui rentreront chez eux.
Cette aide ne sera plus prodiguée directement à l’État concerné : elle passera
par le canal de sociétés mixtes d’appui à des projets de développement agricole
ou économique portés par des ressortissants immigrés retournant dans leur pays
d’origine. Toute formation professionnelle d’un apprenti ou d’un salarié
d’origine immigrée sera conditionnée par un contrat de retour dans son pays
d’origine ».
Malek Boutih copieur du FN mais aussi « innovateur
sécuritaire »
Mais
l’ancien président de SOS-Racisme, membre du Bureau national du PS, ne s’est pas
seulement contenté de plagier le programme du FN. Il a su également introduire
un certain nombre d’innovations sécuritaires visant à mettre fin définitivement
au « laxisme » des politiques migratoires. Outre la proposition
d’instaurer des quotas qui mériterait à elle seule toute une analyse, le rapport
Boutih avance l’idée de création d’un « livret sanitaire » qui
rappelle étonnement le Carnet anthropométrique individuel et collectif (1912)
ou, pire, le Livret ouvrier supprimé en 1890 : « Un livret de suivi sanitaire, scolaire et familial
permettra aux candidats retenus de préparer en amont leur arrivée et servira
aux agences 2A2I de métropole à suivre leur parcours ».
En guise de conclusion :
Boutih : emblématique de l’aveuglément
moral et électoral du PS
Il est clair que le
rapport confidentiel du PS, Une nouvelle politique de l’immigration,
rédigé par Malek Boutih ne saurait être considéré comme une œuvre collective,
produit d’un processus de consultation interne à l’échelle partisane. Il reste
un acte individuel qui, compte tenu de la polémique suscitée, aura peu de
« chance » d’être homologué par le PS. Toutefois, ce caractère
individuel du rapport n’exonère pas totalement la direction socialiste qui,
rappelons-le, a commandé l’expertise à une personnalité réputée pourtant pour
ses positions souvent démagogiques et populistes sur les questions
d’immigration et des banlieues. A ce niveau, force est d’admettre que Malek
Boutih n’en est pas à sa première provocation et son impopularité va croissante
chez les Français héritiers de l’immigration et au-delà dans les quartiers
populaires, qui l’affublent du surnom de « Bounty, noir dessus, blanc
dedans », pour mieux signifier leur réprobation à l’égard d’un homme
qui incarne désormais la dérive sécuritaire d’un certain anti-racisme
médiatique. Plus encore, l’on peut s’étonner que la direction PS reste étrangement silencieuse sur le « cas Boutih », refusant de
condamner ouvertement la tonalité lepéniste de certaines de ses propositions.
Malek Boutih reste à son poste : jusqu’à ce jour, aucune sanction
politique n’a été prononcée à son encontre. Pour moins que cela, l’on se souvient
que la Note interne de Pascal Boniface avait suscité la montée au créneau
de certains leaders socialistes qui avaient agité à l’époque les risques de
dérives communautaristes (Juifs contre Arabes/Arabes contre Juifs).
Aujourd’hui, un membre éminent du Bureau national du parti a clairement franchi
la « ligne brune », en reprenant à son compte certaines analyses et
conceptualisations populistes du Front national et du Mouvement national et
républicain, ce que la droite républicaine n’avait même pas osé faire. Aucune
voix parmi les leaders nationaux du PS n’a encore dénoncé cette dérive. Le
silence vaut ici approbation. Mais plus encore, il est symptomatique de la
profonde crise morale qui traverse aujourd’hui le Parti socialiste dans son
ensemble et qui pourrait se transformer dans les prochains mois en crise
politique et électorale.
« Nous proposons de mettre
sur pied une politique de quotas des flux migratoires permettant de prévoir les
besoins et la capacité d’accueil de notre société. Ces quotas seront constitués
sur la base du nombre d’immigrants que la France accueillera chaque année et
concernera les pays qui ont des relations historiques, économiques et
politiques avec la France, comme le Maghreb, les pays de la zone CFA ou
certains pays de l’Est de l’Europe membre ou non de l’Union ».
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