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Lundi 22 Mars 2010
Universalité et actualité du message d’Ibn ‘Arabî
9 novembre 2007

Universalité et actualité du message des grands porte-parole de la sagesse en Islam.

Partie 2 : L’exemple de l’œuvre écrite d’Ibn ‘Arabî.

Comme nous le faisions remarquer au début de l’article portant le même titre que celui-ci et consacré à Ghazâlî, face aux difficultés auxquelles nous devons faire face aujourd’hui et qui semblent parfois insurmontables, il est possible – et parfois plus que souhaitable – de s’inspirer de la manière dont les grands esprits du passé ont pu aborder et résoudre les difficultés auxquelles, eux et leurs contemporains, furent confrontés. De fait, que serait la sagesse si elle n’était valable qu’en un seul temps et en un seul lieu ?

Toutefois, s’inspirer ne veut évidemment pas dire répéter des formules héritées du passé sans réellement les comprendre et surtout sans en réaliser la portée intérieure. A cet égard, l’œuvre du grand mystique andalou Ibn ‘Arabî (1165-1240) est très significative. Lui qui fut un des plus grands porte-parole de la sagesse en Islam est parfois considéré comme le Shaykh al-akbar, le maître spirituel par excellence.

De son œuvre immense – on lui attribue plus de quatre cents ouvrages – deux titres regroupent l’ensemble des thèmes qu’il a développés dans tous ses écrits : al-Futûhât al-makkiyya[1] (Les ouvertures spirituelles mecquoises) et Fuçûç al-hikam[2] (Les gemmes des sagesses). Il va sans dire qu’on ne peut épuiser toutes les richesses qu’une telle œuvre peut offrir à l’homme d’aujourd’hui en un court article. Nous essaierons modestement d’évoquer trois thèmes chers à Ibn ‘Arabî, et dont la portée revêt une importance capitale pour l’Islam à notre époque :

 -  l’interprétation du Coran
 -  l’universalisme spirituel
 -  la primauté de l’amour.

1.  Concernant le Coran, Ibn ‘Arabî affirme le caractère inépuisable du message coranique et la multiplicité des niveaux d’approfondissement des significations qu’il contient : « Le serviteur dont le regard intérieur (al-baçîra) est illuminé – celui qui est dirigé par une lumière de son Seigneur (Coran : 39, 22) – celui-là obtient chaque fois qu’il récite un verset une compréhension nouvelle distincte de celle qu’il avait obtenue pendant la récitation précédente, et de celle qu’il obtiendra pendant la récitation suivante. Dieu a répondu à la demande qu’Il Lui a adressée en disant : ô mon Seigneur, augmente-moi en science ! (Coran : 20, 114).

Celui dont la compréhension est identique lors de deux récitations successives est perdant. Quant à celui qui récite sans rien comprendre, que Dieu lui fasse miséricorde ! »[3]

Le littéralisme asphyxiant, ultime refuge de certaines mouvances face à leur propre vide spirituel, est à l’origine de bien des dérives actuelles. Pourtant l’affirmation selon laquelle le Coran, en tant que Livre sacré, ne saurait être réduit au sens littéral de ses versets est confirmée par un hadith qu’Ibn ‘Arabî juge fondamental pour quiconque s’intéresse à l’interprétation du Coran : « Le Coran a un intérieur (batn) et un extérieur (zahr), une limite (hadd) et un point d’ascension (matla‘ ou matli‘ [4]). »[5]

Pour Ibn ‘Arabî, la sainteté c’est ainsi l’accès aux significations intérieures du Coran lesquelles, sans abolir le sens littéral lui donnent une profondeur et une portée nouvelle. Cette grâce, Ibn ‘Arabî en a témoigné dans les termes suivants : « Ainsi, tout ce dont nous parlons dans nos assemblées et nos œuvres écrites provient de la Présence du Coran et de ses trésors : J’en ai reçu la clé de la compréhension et le soutien spirituel qui lui est propre (al-imdâd minhu). Tout cela afin de ne pas sortir du Coran car rien de plus élevé ne peut être accordé : Seul en connaît la valeur celui qui y a goûté, qui en a contemplé la demeure initiatique (manzil) comme un état intérieur et à qui le Réel parle [en lui projetant des versets] sur l’intime de son être (fî sirrihi). »[6]

2.  A une époque où les religions ne peuvent plus vivre en vase clos – ce fut le cas, par la force des choses, pendant des siècles jusqu’à une époque pas très éloignée – et où nul ne peut plus ignorer que d’autres spiritualités existent, le musulman ne peut pas ne point s’interroger sur la relation qu’il établira avec les croyants appartenant à d’autres communautés. La rencontre des religions est ainsi une donnée incontournable de notre époque. Comment considérer les autres croyances ?

Le Coran est sur ce point nettement universaliste puisqu’il affirme que tous les peuples depuis les débuts de l’Humanité ont reçu un message divin par l’intermédiaire des prophètes et des envoyés : « A chacun de vous, nous avons donné une Loi et une Voie. »[7] Toutefois le Livre sacré n’évoque pas directement les raisons pour lesquelles les religions sont diverses.

Le Prophète a permis, on le sait, que les religions du Livre (Judaïsme et Christianisme) puissent vivre en paix en terre d’Islam et être pratiquées en toute quiétude. Il a, de plus, fait preuve d’une immense ouverture concernant la quête de la sagesse : « Le croyant est à la recherche de paroles de sagesse ; où qu’il les trouve, il est le plus en droit de les faire siennes. »[8]

Pour justifier et rendre clair la diversité des religions, Ibn ‘Arabî insistera sur l’infinité de Dieu : ce qui fonde la nature d’une religion, et qui en est aussi la raison d’être, c’est l’aspect divin (nisba ilâhiyya) qu’elle envisage en priorité et sur lequel elle met l’accent. La diversité des aspects de Dieu est proprement inépuisable puisqu’Il est l’Infini.

Voilà pourquoi, chaque religion se doit de focaliser, en quelque sorte, sur tel ou tel aspect divin dans un souci de pédagogie spirituelle. Même si les autres aspects divins ne sont pas niés, l’aspect divin principal qu’envisage une religion la caractérisera en quelque sorte : « Les religions révélées ne sont diverses que par la diversité des aspects divins (nisab ilâhiyya) qu’elles envisagent. En effet, si l’aspect divin selon lequel telle chose est permise dans la loi révélée (char‘) était le même que celui selon lequel la même chose doit être interdite, il n’existerait pas de divergences de statut juridique (hukm) d’une loi révélée à l’autre. Or, il est bien établi que de telles divergences existent.

De plus, si cela n’était pas le cas, cette parole divine n’aurait pas de sens : ‘‘A chacun de vous, Nous avons donné une loi et une voie’’[9]. Or, il est vrai que chaque communauté possède une loi et une voie propres qui leur furent apportées par leur prophète ou leur envoyé lequel a, d’une part, confirmé les religions qui l’ont précédé et, d’autre part, exposé de nouveaux éléments.

Nous savons donc, en toute certitude, que l’aspect divin par lequel Dieu accorda Sa loi à Muhammad est différent de ceux par lesquels Il révéla Sa loi aux autres prophètes. Si tel n’était pas le cas, et si l’aspect divin à l’origine de la loi révélée était unique sous tous les rapports (min kulli wajh), alors les religions révélées seraient une sous tous les rapports.

Si l’on demande : Pourquoi les aspects divins envisagés sont-ils différents d’une religion à l’autre ? Nous répondons : A cause des différentes dispositions intérieures (ahwâl). Ainsi, l’homme malade implorera : ‘‘Ô Toi qui soigne et donne la guérison !’’ ; l’homme affamé s’écriera : ‘‘Ô Toi qui accorde la subsistance !’’ ; l’homme en passe de se noyer appellera : ‘‘Ô Toi qui accorde le secours !’’... Les aspects divins[10] [vers lesquels l’homme se tourne] dépendent donc des différentes dispositions intérieures. »[11]

3.  Pour Ibn ‘Arabî, la voie spirituelle est essentiellement une voie d’amour. Il en est ainsi parce que Dieu est essentiellement miséricorde. D’après un hadith qudsî[12]  : « Certes, Dieu le Très-Haut écrivit pour Lui-même, lorsqu’Il créa le monde : ‘‘En vérité, Ma miséricorde l’emporte sur Ma colère.’’ »[13]

A l’inverse, lorsque l’amour est absent des cœurs, un juridisme vide et desséchant tient alors lieu de ferveur et de zèle. Ibn ‘Arabî a toujours dénoncé les dérives de certains juristes, comme il le rappelle lui-même : « Que Dieu te garde, mon frère, des pensées mauvaises en t’imaginant que je blâme les juristes en tant que tels ou pour leur travail de jurisprudence, car une telle attitude n’est pas permise à un Musulman et la noblesse du fiqh n’est pas à mettre en doute. Toutefois, je blâme cette sorte de juristes qui, avides des biens de ce monde, étudient le fiqh par vanité, pour qu’on les remarque et que l’on parle d’eux, et qui se complaisent dans les arguties et les controverses stériles. Ce sont de telles gens qui s’attaquent aux hommes de l’Au-delà, à ceux qui craignent Dieu et reçoivent une science de chez Lui (min ladunHu). Ces juristes cherchent à réfuter une science qu’ils ne connaissent pas et dont ils ignorent les fondements. »[14]

Dans le chapitre 178 des Futuhât qu’Ibn ‘Arabî consacre à l’amour, il distingue trois types d’amour : l’amour naturel (tabî‘î) ou élémentaire (‘unçûrî), l’amour spirituel (rûhânî) et l’amour divin (ilâhî). L’amour naturel se caractérise par l’égocentrisme et la possessivité : « L’origine de l’amour naturel n’est autre que le bien-être (in‘âm) et le bienfait (ihsân) procurés par l’être aimé, car le naturel de l’être n’est jamais capable d’aimer l’autre pour lui, c’est uniquement pour soi qu’il aime les choses en désirant s’y unir ou s’en rapprocher, comme cela a lieu chez l’animal ou l’homme pour l’animalité qui est en lui. » [15]

L’amour spirituel, quant à lui, présuppose un dépassement de l’égocentrisme, et confère donc une certaine sagesse : « Sache que dans l’amour spirituel, l’amant verra son intellect et sa science illuminées par la sagesse : il sera sage par son intellect et par sa sagesse, il sera savant… C’est dire qu’il saura ce qu’est l’amour, quelle en est la signification et quelle en est la réalité… »[16]

L’amour divin, enfin, désigne l’amour que Dieu porte à Ses créatures. Pour Ibn ‘Arabî, cet amour est notamment prouvé par la générosité de Dieu qui accorde toutes sortes de bienfaits sans mérite préalable des créatures et sans reconnaissance de leur part en retour. Parmi ces bienfaits se trouvent l’existence puis la conscience et l’intelligence de l’Homme : « Quant à l’amour que Dieu nous porte pour nous-mêmes, Il s’exprime par le fait que Dieu nous a fait connaître ce qu’est notre bien en cette vie et dans l’autre. Il nous a prodigué les preuves de Sa science pour que nous Le connaissions et que nous ne soyons pas enfermés dans l’ignorance. De plus, Il nous accorde la subsistance et nous comble de faveurs bien que nous y soyons inattentifs… »[17]

Ajoutons encore quelques précisions sur le lien existant entre l’amour et la connaissance, lesquels sont toujours liés dans la voie spirituelle : « La connaissance de Dieu engendre toujours l’amour, et l’amour présuppose une connaissance – au moins indirecte et par reflet – de l’objet aimé. L’amour spirituel a pour objet la Beauté divine, qui est un aspect de l’Infinité ; par cet objet, le désir devient lucide… C’est par son objet, la Beauté, que l’amour coïncide virtuellement avec la connaissance. »[18]

Comme aime à la souligner Ibn ‘Arabî, l’amour est la raison même de la création du monde : « Dans le Coran, l’amour se trouve mentionné à maints endroits et il existe de nombreux hadiths sur l’amour tels les suivants : Le Prophète – sur lui la grâce et la paix – a dit de la part de Dieu : ‘‘J’étais un Trésor caché ; Je n’étais pas connu. Or, J’ai aimé être connu. Je créai donc les créatures et Je Me fis connaître à elles de sorte qu’elles Me connurent.’’ Il résulte de ce contexte que Dieu nous a créé [par amour] pour Lui seul… Le Prophète – sur lui la grâce et la paix – a dit : ‘‘Dieu déclare : Mon serviteur ne saurait se rapprocher de Moi par rien qui Me soit plus agréable que l’accomplissement de ce que Je lui ai prescrit. Mon serviteur ne cessera de se rapprocher de Moi par des œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime.

Et lorsque Je l’aime, Je suis son ouïe par laquelle il entend, son regard par lequel il voit, sa main par laquelle il saisit, et son pied avec lequel il marche ; s’il Me demande une chose, Je la lui accorderai, et s’il cherche auprès de Moi asile, assurément, Je le lui offrirai.’’[…]Un autre hadith affirme : ‘‘Dieu est Beau et Il aime la Beauté.’’… Les hadiths sont nombreux à ce sujet. Sache que la station spirituelle de l’amour est une distinction élevée et que l’amour est le principe (açl) de l’Existence universelle (wujûd). »[19]

En guise de conclusion, nous laisserons l’ultime parole à Ibn ‘Arabî et à sa poésie inspirée. Ce grand maître de sagesse a su exprimer de manière inégalée les vérités les plus subtiles par des vers d’une grande beauté :

De l’amour nous sommes issus.
Selon l’amour nous sommes faits.
Vers l’amour nous tendons.
A l’amour nous nous adonnons.
[20]



[1] Il en existe une présentation et une traduction partielle : Les Illuminations de la Mecque, anthologie présentée par Michel Chodkiewicz, éd. Albin Michel, 1997.

[2] Titus Burckhardt en a donné une traduction partielle accompagnée de précieuses notes explicatives : La Sagesse des prophètes, éd. Albin Michel, 1955. Ch.-A. Gilis en a donné plus récemment une traduction intégrale en deux volumes : Le Livre des Chatons des Sagesses, éd. al-Bouraq, 1997.

[3] Fut., III, p. 129. trad. fr. : M. Chodkiewicz : Un Océan sans rivage, p.47.

[4] Les deux termes sont coraniques : matla‘ dans la sourate al-Fajr (LXXXVII, 5) et matli‘ dans la sourate al-Kahf (XVIII, 18). Dans le premier cas, il s’agit d’une précision temporelle et dans le second, d’une détermination spatiale. C’est la deuxième vocalisation qui nous semble correspondre au hadith.

[5] Cité par Ibn Hibbân dans son Sahîh. Hadith reconnu authentique (sahîh).

[6] A ce sujet, cf. notre traduction : Le Mahdi et ses Conseillers, éd. Mille et une lumières, 2006, p.17.

[7] Coran : 5, 48.

[8] Cité par Ibn Mâjah. Hadith reconnu valide (hasan).

[9] Coran : 5, 48.

[10] Représentés par les différents Noms divins dans les exemples qu’Ibn ‘Arabî vient de donner.

[11] Fut. I, p.265.

[12] Parole divine rapportée par le Prophète mais sans que cela fasse partie du Coran.

[13] Cité par Tirmidhî. Hadith reconnu authentique (sahîh).

[14] Les Soufis d’Andalousie, éd. Actes Sud, 1995, p.95. (Trad. fr. : R. W. J. Austin – G. Leconte)

[15] Fut., II, p.334. Une traduction de ce chapitre des Futuhât a été réalisée par Maurice Gloton : Traité de l’amour, éd. Albin Michel, 1986.

[16] Fut., II, p.332.

[17] Fut., II, p.328.

[18] Titus Burckhardt, Introduction aux doctrines ésotériques de l’Islam, éd. Dervy, 1985, pp.43-44.

[19] Fut. II, p.322-323.

[20] Fut. II, p.323. Traduction de Maurice Gloton.


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Tayeb Chouiref

Traducteur et écrivain, il est spécialiste de la mystique musulmane et mène actuellement des recherches sur d’importants développements du soufisme et du Hadith en Egypte ottomane. Tayeb Chouiref est également l’auteur du livre « Les enseignements spirituels du Prophète » éd. Tasnîm, 2008.(Recueil de hadiths authentifiés commentés par les grands maîtres de la spiritualité musulmane). Il a aussi traduit des ouvrages d’al-Ghazâlî et d’Ibn ’Arabî.

Du même auteur, à lire sur oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article : Universalité et actualité du message d’Ibn ‘Arabî

17 novembre 2007
Neofit a dit :

Bonsoir,

Pardon de ne pas vous avoir remercié plus T. Chouiref et notamment pour avoir placé ces quatre vers qui rendent inutiles toutes autres paroles :

De l’amour nous sommes issus. Selon l’amour nous sommes faits. Vers l’amour nous tendons. A l’amour nous nous adonnons.

Cheikh Muhi ed-Din Ibn ’Arabi.

17 novembre 2007
Omar Mazri a dit :

De la philosophie de l’être à la mystique :

Je n’ai pas perdu de vue que je suis sur un forum qui traite de soufisme donc avant tout de l’anéantissement de l’être, de l’effacement de l’ego, de la reconnaissance de son humilité et de son indigence devant la Grandeur de l’Unicité. Ceci est incompatible avec la philosophie de l’être qui magnifie l’homme ou le rend tragiquement malheureux à cause d’un choix qu’il n’aurait pas fait. Toute la mythologie grecque est tragique. La poétique ou la rhétorique d’Aristote est l’art d’entretenir cet esprit qui se nourrit de mythes et de spéculations sans bouger, sans changer ses repères spatiaux, temporaux et sa perspective de vision du monde.

J’ai pris un raccourci, qui manque sans doute d’élégance et de clarté, et j’ai écrit : « La pensée occidentale nourrie par la pensée philosophique de Socrate à Hegel est dans le délire de la philosophie de l’être qui est une vision réductrice du monde et de l’homme dont la dérive est l’ethnocentrisme européen et l’anthropomorphisme de Dieu. ». J’y inclus Platon et Aristote. Aristote est pour la pensée classique ce qu’était le Galien pour la médecine : dogme. Le monothéisme est contre les dogmes. Les mutazilites ont trébuché sur les postulats aristotéliciens. Les « mystiques » comme al Ghazali y ont échappé et sont restés d’actualité sur le plan de la pensée musulmane.

Je ne suis pas et je n’ai pas les compétences pour être philosophe de métier. Par contre l’expérience de la pratique du développement, de la politique, de la pédagogie, des réminiscences du statut de colonisé qui a vu mourir, suer et pleurer les siens montrent la voie du questionnement : pourquoi ? La religion y conduit aussi à ce questionnement sur le rapport de l’homme « civilisé » et qui affiche avec ostentation sa philosophie, sa culture, sa technique, sa suprématie du monde à un certains nombre de thèmes majeurs dans l’existence anonyme et solitaire du regard qui se libère des oripeaux. Quelle est le rapport de l’homme à l’homme, à la chose, à l’outil, à la technique, à l’art, à la nature, au beau, à l’art, à la parole, à Dieu. Fatalement on est conduit à survoler, sans être spécialiste, les grandes questions, les grands signes, la finalité des uns et des autres, les moyens et la relation de subordination entre les moyens et les fins. Dans ce survol on retient « de ce qui reste quand on, a tout oublié » que la philosophie avant Socrate était ouverte à l’Orient car elle appartenait à l’Orient sur le plan civilisationnel et qu’elle n’a pas disséqué l’homme en fragments épars même si la notion de Dieu lui échappait sur le plan monothéiste. La philosophie après Socrate jusqu’à Hegel, avec ses parenthèses, ses exceptions, ses génies, est restée fondamentalement greco romaine et judéo chrétienne en rupture voire en lutte de domination contre les autres civilisations.

Cette philosophie que les spécialistes qualifient de philosophie de l’être a posé l’équation en termes inachevés : réflexion sur l’essence ou l’ontologie de l’être, être humain ou être divin d’un côté et opposition entre spirituel et temporel, entre âme et matérialité. La philosophie comme la foi penchaient vers la contemplation ou vers la loi. L’action, le fat divin ou humain était peu présent. Hegel à la suite de Fichte a cassé l’inertie en introduisant la dialectique, le mouvement des choses, l’histoire n’est plus une page déjà écrite mais une page à écrire avec l’expérience du malheur (les guerres de religion, le péché originel, la lutte entre la tentation) pour atteindre le bonheur. Hegel a révolutionné la conception philosophique u monde mais il restait prisonnier du seul cadre idéique et moral.

Marx a renversé la théorie hégélienne en lui donnant un contenu révolutionnaire subversif : lutte des classes et désaliénation du fétichisme de l’idée et de la religion qui s’est transformée en théologie de l’asservissement. Le marxisme s’est lui-même conduit à l’impasse car s’il et vrai « qu’il ne s’agit plus d’interpréter le monde mais de le transformer » on ne peut le faire uniquement par le côté matérialiste et nier l’amour, la psychologie, la foi, l’art et les considérer uniquement comme produits de la bourgeoisie.

La philosophie, en ce qui me concerne, et je ne suis pas fonctionnaire de la sagesse, a repris ses lettres de noblesse en conjuguant matérialité et spiritualité, action et contemplation, être et agir, amour et luttes sociales chez le géant de la philosophie allemande dont on n’a retenu que le « Dieu est mort » : Nietzsche qui a ajouté à la dialectique mécaniste marxiste ce qui lui manquait : une dose de poésie, de spiritualité, d’imagination, de foi.

Je risque de froisser, de déplaire ou de paraître prétentieux si je dis qu’il n’y a plus rien après l’école structuraliste et surtout néo structuraliste avec sa philosophie de l’action impliquée dans la relation avec autrui, dans la théorie de l’activité humaine qui prend en considération l’homme et ses référents symboliques, magiques, sociaux, économiques, religieux et autres aspects sociologiques et culturels. Bourdieu avec sa probité morale, sa proximité sociale avec le peuple, sa sensibilité et son engagement courageux est un des représentants les marquants. Il reste les intellectuels organiques et les négatifs. Ils sont loin de comprendre la loi divine de l’unicité, du tout et celle du changement de l’homme par le changement psychologique, ontologique, affectif, spirituel et actantiel.

J’aurais pu aller directement sans détour et affirmer ce que j’avais déjà écrit dans ce forum tout simplement que : « nul n’est le centre du monde, Dieu est incomparable à tout objet de l’imagination ou de la pensée, ce sont les « postulats » du Thawhid. ». J’ aurais manqué à ma visée : le monothéisme se construit comme tout œuvre pédagogique et tout acte civilisateur : déconstruction puis reconstruction : détruire l’idole pour laisser le champ visible à l’idée, à la vérité de l’Unicité : Il n’y a point de divinité à l’exception de Dieu. Il est impossible d’anéantir son être si auparavant on ne s’est pas libéré des entraves et des mythes qui encombrent la pensée, dans un monde où le musulman a perdu l’autonomie de penser, et s’il l’a, il est tout de suite taxé d’européanisé.

L’Emir Abdelkader n’a pas appris et appliqué la mystique dans un livre près d’un confort intellectuel et mondain mais dans l’austérité d’une zaouïa, la dureté d’une géographie et l’apprêté de la résistance à l’occupation nourrie d’une certaine idée de l’homme réductrice. Sa mystique de vie, de prière et de combat et son sens de l’universel l’ ont amené à proposer un marché au général Bugeaud « comprenez ma religion » en contrepartie de l’autorisation de régner sur les richesses matérielles de l’Algérie qui suffisaient et continuent de suffire à nourrir abondamment deux peuples se reconnaissant mutuellement . La théorie musulmane de la conjugaison de l’être avec son action par la foi, celle de la mystique d’Abdelkader est énoncé d’une manière limpide :

« Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux, Nous leur aurions certainement accordé des bénédictions du ciel et de la terre. » « O mon peuple, je ne vous demande pas de salaire pour cela. Mon salaire n’incombe qu’à Celui qui m’a créé. Ne raisonnez-vous pas ? O mon peuple, implorez le pardon de votre Seigneur et repentez-vous à Lui pour qu’Il envoie sur vous du ciel des pluies abondantes et qu’il ajoute force à votre force. Et ne vous détournez pas [de Lui] en devenant coupables›. »

En ce qui concerne Einsein je sais comme vous le savez et tant d’autres qu’il a soutenu le sionisme. Il n’est pas le seul a avoir été leurré. J’essaye comprendre comment un homme de génie, qui aime l’humanité, les enfants, la vérité et qui affiche sa foi à chaque occasion que Dieu lui donne puisse être croyant et sympathisant pour le sionisme. Il n’y a pas de contradiction si on met un homme devant les circonstances de son existence : il est juif, il porte en lui les malheurs et les persécutions de son peuple et pour celà il mérite déja mon admiration car ce n’est pas le cas de tous les musulmans qui réussisent en Amérique ou en France et qui s’empresse de se débarasser de leur peau. Stigmatisé par la persécution des siens dans un monde où la propagande monte en puissance on ne peut lui demander d’aller contre l’Amérique qui l’a "récupéré". On ne peut lui demander de manifester sa sympathie pour les palestiniens alors ques les rois et princes arabes participaient au depeçage, au morcèlement et à la congélation de la cause arabe et palestinienne.

Musulmans nous devons être vigilants et ne pas nous tromper de cibles car nous sommes tenus à juger au delà des déclarations de circonstances. Nous devons nous poser deux questions 1 - notre responsabilité : avons-nous témoigné aux autres ? 2 - sa résponsabilité de militant sioniste commettant des crimes doit être prouvée et dénoncée par contre sa qualité de de juif en paix avec lui même et avec les autres mérite notre respect. Mon père avait des amis juifs qui ont participé à la révolution algérienne faut-il leur dénier cet honneur. Il y a eu plus de présence juive dans certaines manifestations pro palestinienne que de présence musulmane faut il leur dénier leur engagement pour les causes justes. J’ai des amis juifs agréables, intelligents, instruits dois je voir en eux la monstruosité d’Ariel Sharon alors qu’ils ne sont pas responsables des crimes commis en leur nom.

Je ne connais pas l’insondable conscience d’Einstein mais ce que je sais ne remet nullement en cause notre fraternité en humanité. Ce que je sais et qui mérite d’être souligné c’est sa foi affichée en un Dieu unique dans un monde obnubilié par la technique, la médiatisation et l’argent. S’il faut plaindre qualqu’un c’est l’intelletomane musulman qui dénigre sa religion et livre ses frères en pâture alors que c’est lui et non Einstein qui doit répondre à ce verset : "Ceux qui ont dit Allah est notre Seigneur puis se sont tenus dans la droiture..." je peux me tromper sur des personnes mais je ne peux ignorer la parole divine :

Ceux qui évitent les plus grands péchés ainsi que les turpitudes et [qui ne commettent] que des fautes légères. Certes, le pardon de Ton Seigneur est immense. C’est Lui qui vous connaît le mieux quand Il vous a produits de terre, et aussi quand vous étiez des embryons dans les ventres de vos mères. Ne vantez pas vous-mêmes votre pureté ; c’est Lui qui connaît mieux ceux qui [Le] craignent. [...] qu’aucune [âme] : ne portera le fardeau (le péché) d’autrui, et qu’en vérité, l’homme n’obtient que [le fruit] : de ses efforts"

16 novembre 2007
Neofit a dit :

Bonsoir,

vous la foutez mal pour de bon, vous travestissez le Coran, vous interprétez carrément à l’envers le verset que vous citez, un verset qui vous condamne dans votre erreur, dans votre errement, mais vous trouvez tout de même le moyen d’en détourner le sens à votre profit pour vous innocenter. Chapeau !

Cette réaction m’étonne de vous François : Etes vous conscient de la portée de vos accusations ? Où sont la tolérance, l’amour, la miséricorde dans vos propos ? Où est le bel agir et la belle parole que recommande à longueurs de hadiths le Prophète bien-aimé ? Où ? Ou peut être préférez vous jeter la pierre ? Couper la langue au menteur ou encore la main au voleur ? Pour ma part, je veux espérer que votre dernier message à dépassé vos pensées et que ce n’est qu’un abus de langage. Pour le reste je ne répondrai pas à votre accusation, qui me montre une fois de plus que Savoir et art de la sémantique, dont vous semblez être un prétendant, ne rime pas toujours avec Sagesse et tolérance. Enfin, pour vous dire aussi que je suis heureux de vivre en France où la liberté de penser et de s’exprimer est inscrite dans la Constitution... sans qu’une "assemblée" puisse vous jeter l’anathème et peut être même vous excommunier !

Fraternellement

Neofit.

16 novembre 2007
Omar Mazri a dit :

François, mon ami, mon frère

Pour être honnête j’ai commis une erreur de frappe et surtout une négligence en ne relisant pas ce que j’ai écrit. En réalité je me suis trompé : il s’agit de lire plus exactement : Il ne peut y avoir contradiction entre le verbe de Dieu et l’acte de Dieu. Cela va dans le sens du monothéisme pur et parfait, le Thawhid : Allah Al Ahad ou selon d’autres lectures Al Wahad.

Al – Wahed ne signifie pas solitaire mais L’Un, l’Unique, le sans pareil et sans semblable, le Seul dans Son être, dans Ses qualités ses attributs et Ses noms. Il est le seul à être incomparable. Il est Dieu sans divinité associée ou rivale. Il est Dieu le créateur ex nihilo, il est l’Existenciateur de tout, il n’a ni parents, ni enfant ni compagne, ni médiateur, ni intermédiaire, ni contrainte, ni limites, ni finitude, ni avant ni après, ni lieu ni temps, ni capacité à être saisi par l’entendement humain ou vu par le regard.

Voici ce que cheikh al-Islâm Ibn Taymiya dit à propos du Thawhid : « Le Tawhid avec lequel les messagers sont venus comprend l’affirmation que la divinité et l’adoration n’appartiennent qu’à Allah seul, de telle sorte que l’individu n’atteste que personne n’a le droit d’être adoré sauf Allah, et que personne n’est adoré sauf Lui, ni ne dépend d’autre que de Lui, ni qu’aucune alliance ou inimitié n’est faite sauf pour Lui, ni qu’une action n’est perpétrée sauf pour Lui. Cette affirmation couvre également les Noms et Attributs qu’Allah a affirmés pour Lui-même, ainsi qu’Allah -Le Très Haut- dit : « Et votre Dieu est un seul Dieu. Nul n’a le droit d’être adoré sauf Lui, le Tout Miséricordieux, Le Très Miséricordieux » - « Allah dit : « Ne prenez pas deux divinités. Il n’est qu’un Dieu unique. Donc, ne craignez, que Moi »

Il est Un, sa parole et son acte ne peuvent donc être dissociés : il est la source et la finalité, l’intention et la réalisation. La pensée musulmane retient en général que le Coran parole de Dieu révélée à Mohamed par Jibril est le Kitab al mastour, le livre d’alignement des signes linguistiques pour décrire la Vérité et décrire Dieu à travers ses attributs sans évoquer son Essence qui relève du Ghayb (mystère, inconnaissable, incomparable). La création est le Kitab al mandhour (visible à l’œil perceptif ou par l’instrumentation ou par le regard mental : le calcul, la déduction…). Le livre de la création nous donne à lire, à interpréter, à contempler les signes cosmiques qui manifestent la même vérité et les mêmes attributs divins.

Tous les signes coraniques ou cosmiques portent le même nom ayat (signes). Ce sont des signes , des paraboles, des miracles différents mais ils renvoient à un seul et même signifiant : le Thawhid. Avec les lettre alif, lam mim ou kaf et noun nous avons l’énoncé coranique « ce qui vous donne vie » vie au sens , vie à la spiritualité, vie à la vérité, vie à l’amour, vie au sens du beau, vie dans l’antichambre de l’au-delà. Avec les atomes C, O H et N par exemple nous avons le vertige de la chimie organique, la même matière de base pour une vie animée dans la chose inerte ou dans l’être vivant. Partout la même intentionnalité, le même Dessein, le même Koun fa Yakoun et la même interrogation « Dieu tu n’as pas créé cela en vain ? ».

Entre le Kaf et le noun du Coran il y a eu 23 ans de révélations mais entre le Kaf et le noun de l’univers il y a un temps cosmique qu’en qualité de créatures nous interprétons différemment mais qui sont pour Dieu une seule et même chose insignifiante devant sa grandeur « Si ce monde valait l’aile d’une moustique Dieu n’aurait accordé aucun profit au mécréant ». Je pense que nous sommes sur la même longueur d’ondes en ce qui concerne l’Etre divin. On ne peut se permettre de parler de son essence. Il est vrai que sur le plan « philosophique » on peut opposer Etre à néant mais Dieu Allah al Khaleq (le Créateur ex nihilo), Allah Fater (qui crée les causes et les effets et les lois qui les régissent et organisent leurs interactions) et Allah al Wajed (l’Existenciateur, qui donne actualité à un réel qui était dans les limbes de l’esprit, qui rend un chose une virtualité, un potentiel de devenir, qui donne émergence dans le monde de la Chahada (l’accessible à la perception ou à la connaissance) de ce qui était caché dans le Ghayb (l’inconnaissable). Ce pouvoir unique fait que Dieu ne peut avoir la qualité d’être car il peut être existencié.

Je suis donc d’accord, on ne peut qualifier Dieu d’Etre. Et c’est lui-même, dans le Coran, se décrivant en sa qualité de Ana (je), Nahnou (nous) ou Houwa (Lui) ferme cette dérive de vouloir saisir l’Etre en lui collant un attribut, un nom divin : « Ana : Je suis Allah », « Nahnou, nous avons fait descendre le Dikr », Houwa, Lui c’est Allah, il n’y a point de divinité autre que lui. Votre remarque est de taille : « Il était, il est, Il sera » peut effectivement être interprété comme se rapportant à l’Essence alors que nous n’avons qu’une connaissance imparfaite de l’être ontologique divin.

Et pourtant la définition d’être est, entre autres définitions, avoir existence. Dans ce sens Dieu existe en nous, existe indépendamment de nous mais n’existe pas par nous : il n’est pas le produit de notre conscience ni de nos concepts. Il est plus qu’une nécessité ontologique : Sa présence est affirmée par tout l’univers. Il n’est ni une abstraction ni un être abstrait sans être un concret dans le sens où l’humain l’entend : Il est ce qu’il est dans le verset al Koursy : Al Hay (le Vivant) Al Qayoum ( le subsistant par lui-même, celui qui transcende…). Si on dit qu’on ne peut le qualifier d’être, on tombe dans le travers qu’il est non-être. Et c’est là un autre miracle coranique, sur le plan linguistique : Dieu ne se définit pas par Kaïne dans le sens d’être crée. Ici il faut comme le dit Roumi « la plume se brise ».

Il nous faut revenir à la connaissance léguée par le plus connaissant de Dieu, celui dont l’appellation est de la même racine que l’être ontologique divin al Hamid (le digne de louanges), Mohamed (qui sait louer Dieu) : « Vous risquez de trop vous questionner sur Dieu jusqu’à vous poser la question fatale : qui a créé Dieu […] Méditer sur la création de Dieu et non sur Dieu » et c’est d’ailleurs ce que nous dit la fin du verset du Trône « Et, de Sa science, ils (les créatures) n’embrassent que ce qu’Il veut (accorder). ». Ce qui doit surtout marquer les esprits c’est que ce verset (2, 256) qui traite en profondeur les attributs ontologiques du divin ( non sa nature) pose les fondements de la liberté de conscience et du libre arbitre qui sont un don divin et non un acquis de la modernité ou de la laïcité. Ce don est accessible par la connaissance de la signification du verbe être, exister et leur finalité actantielle faire et de leur finalité spirituelle : faire pour Dieu, bien faire, faire le bien.

Le verset qui nous concerne est le 2, 257 : « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. Donc, quiconque mécroît au Rebelle tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est Audient et Omniscient. Allah est le défenseur de ceux qui ont la foi : Il les fait sortir des ténèbres à la lumière. Quant à ceux qui ne croient pas, ils ont pour défenseurs les Taghout, qui les font sortir de la lumière aux ténèbres. » Allah est Audient (Samiî), Voyant (Baçir) nous devons prendre ces attributs d’écoute et de vision sans anthropomorphisme sous peine de blasphème.

Il est important de souligner que lui-même sait que tout débat sur Lui, ici ou ailleurs, pourrait prendre des tournures graves sur le plan de la foi et de la raison et Il a dit quatre choses qui méritent notre attention. La première est dans les versets récurrents : « Sobhane Allah (pureté à Dieu) de tout ce qu’ils décrivent ». La seconde est dans les versets qui abordent la question du non-être humain et ses implications spirituelles et temporelles dans notre représentation du monde et de la Résurrection : « Il est le Seigneur des cieux et de la terre et de tout ce qui est entre eux. Adore-Le donc, et sois constant dans Son adoration. Lui connais-tu un homonyme ?› Et l’homme dit : ‹Une fois mort, me sortira-t-on vivant ?› L’homme ne se rappelle-t-il pas qu’avant cela, c’est Nous qui l’avons créé, alors qu’il n’était rien ? La troisième est de faire attention à la négligence « Vous prenez certaines choses comme insignifiantes alors qu’elles sont grandioses auprès de Dieu ».

La quatrième est de considérer l’idolâtrie uniquement comme culte des idoles. Le Thawhid exige l’unicité de l’adoration, de l’amour, des noms divins, du culte, de la soumission et enfin la bonne estime de Dieu dans ce qu’il est, même si nous avons du mal à nous mettre d’accord sur la signification du verbe être en égard au divin. Le musulman peut et doit faire des concessions pour composer un vivre ensemble. Ce vivre ensemble exige que les croyants, les agnostiques et les athées se parlent, se respectent et œuvrent ensemble pour la paix, la cohésion sociale, la participation mutuellement bénéfique au progrès scientifique, social et économique. Dans ce cadre nous ne pouvons affirmer par la chahada (témoigner par sa militance, sa vie, son culte, son amour) à soi même et aux autres l’être Vérité (Al Haq) qu’après la négation du non-être, du mensonge, du faux, de l’illusion. Allah al Haq : Le Vrai, le Détenteur de la vérité absolue. Celui dont l’Existence est la seule véritable. Tout ce qui n’est pas Lui est éphémère, relatif, vain et illusoire. Sa parole est vérité, le reste n’est que spéculation. C’est lui qui l’affirme et je crois à sa parole, la seule vérité : Allah est la Vérité, et que tout ce qu’ils invoquent en dehors de Lui est le faux, et qu’Allah, c’est Lui le Haut, le Grand. (31:30)

Dans cette perspective je comprends, je partage et j’appuie l’invitation d’ Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias a engager non pas un dialogue des religions ni un dialogue entre doctes religieux mais à cimenter la multi culturalité et la pluri confessionnalité qui se pratiquent au quotidien sur les lieux de vie, de travail, ici ou ailleurs. Je comprends moins l’empressement de certains à féliciter des personnalités religieuses au cours de rencontre entre universitaire talentueux certes mais qui devraient pourtant savoir mieux que le commun des lambda qu’il est impossible de trouver un compromis sur le monothéisme qui ne permet aucune entorse. Notre devoir est de témoigner, au delà de la vision oculaire, intellectuel ou mystique que nous ne pouvons avoir moins de sensibilité que le signe sous forme graphique dans la sourate Marie ou sous forme de matière inerte qui se révolte par amour de l’Un : « Et ils ont dit : ‹Le Tout Miséricordieux S’est attribué un enfant !› Vous avancez certes là une chose abominable ! Peu s’en faut que les cieux ne s’entrouvrent à ces mots, que la terre ne se fende et que les montagnes ne s’écroulent, du fait qu’ils ont attribué un enfant au Tout Miséricordieux »

François, je te remercie, tu as attiré mon attention sur la question de la similitude ou de la différence entre la parole divine et le verbe divin. Je vais tenter de te répondre, dans les limites réelles de mes compétences et de mon savoir modeste. Si je vous dis que je suis sincère, que j’ai une profonde considération pour les intervenants et que je suis redevable, il faut me croire. Tu connais sans doute ce hadith sublime : « … Qui m’invoque dans une assemblée Je l’invoque dans une assemblée meilleure … ». Nous sommes, dans ce forum et sans doute aussi dans la vie, des aspirants à l’amour de Dieu alors je fais pour moi et pour mes frères une invocation mohammadienne : Dieu accorde nous Ton amour et l’amour de ceux et celles qui t’aiment et fais nous aimer toute parole, toute action et toute intention qui nous rapprochent de Ton amour, de Tes aimants et de Tes aimés. Amin

15 novembre 2007
François a dit :

Cher Waglioni,

François s’est cru agressé. L’ego est sensible sur le Net, il serait beaucoup plus émoussé si nous étions en présence les uns des autres. Aussi faut-il faire très attention à la manière dont nous nous exprimons.

Je ne me suis nullement senti agressé, je vous assure, seulement ce qui me désole et ec qui me fâche, c’est le silence de cette communauté face à la bêtise d’un des siens, ce coupable silence conforte Neofit dans son erreur, et cela n’est pas bon, c’est même très mauvais, je suis vraiment navré pour cette assemblée.

Cordialement, François.

15 novembre 2007
François a dit :

Messieurs Dames, bonsoir

Concernant les références scripturaires, que vous semblez être sûr que je n’ai pas ( !), je vous renvoi au passage de la "rencontre" de Moise avec Dieu, dans le Coran ("Tu ne peux pas me voir, mais si tu veux me voir regarde la montagne[...]"). A la suite de cette « rencontre », Moïse à été foudroyé (S’aq), en clair il a été pulvérisé par l’expérience qu’il venait de vivre.

Cher Neofit, cette fois vous la foutez mal pour de bon, vous travestissez le Coran, vous interprétez carrément à l’envers le verset que vous citez, un verset qui vous condamne dans votre erreur, dans votre errement, mais vous trouvez tout de même le moyen d’en détourner le sens à votre profit pour vous innocenter. Chapeau !

Coran 7-143. « Et lorsque Moïse vint à Notre rendez-vous et que son Seigneur lui eut parlé, il dit : "Ô mon Seigneur, montre Toi à moi pour que je Te voie !" Il dit : "Tu ne Me verras pas ; mais regarde le Mont : s’il tient en sa place, alors tu Me verras." Mais lorsque son Seigneur Se manifesta au Mont, Il le pulvérisa, et Moïse s’effondra foudroyé. Lorsqu’il se fut remis, il dit : "Gloire à toi ! A Toi je me repens ; et je suis le premier des croyants" ».

Allah yahdik !

15 novembre 2007

Si François a raison d’insister sur le "Dieu n’est pas...", car cela semble conforme à la lettre même de la shahada, "la ilaha illa’l‘lah", et que cela fonde et justifie la voie "négative" (on parle de "théologie négative"), étape indispensable, ou inévitable, il reste que ce n’es qu’une étape, suggérée, ici encore, par la shahada :

si l’on remonte vers l’origine de la scansion, on arrive, effectivement au "la", négation pure. Mais si l’on remonte encore plus avant, on se retrouve comme interdit devant la seule lettre "l", lam, trait vertical exprimant si manifestement la divinité (je n’ai pas besoin d’expliciter).

alors, dans cette étape, on peut donc dire sans hésitation que "Dieu est". D’ailleurs le nom même d’Allah exprime aussi bien, par sa respiration, tout ce que je viens d’évoquer (négation et affirmation).

15 novembre 2007
Neofit a dit :

Bonjour,

J’aime votre prudence François ; elle est le socle de la sagesse. D’abord à votre question sur ma formulation de la Shahada : évidemment non, mon témoignage n’est que linguale ! Mais vous reconnaitrez avec moi qu’entre la Shahada effectuée avec la langue a celle du cœur, il y a une profondeur que Dieu nous invite à parcourir ? C’est un long chemin d’ascèse, qui nécessite beaucoup de sacrifice que très peu osent entreprendre… mais c’est là une autre question. Concernant les références scripturaires, que vous semblez être sur que je n’ai pas ( !), je vous renvoi au deuxième Hadith des 40 Hadiths de l’Imam al-Nawawi (sur l’Ihssan) et sur le passage de la "rencontre" de Moise avec Dieu, dans le Coran ("Tu ne peux pas me voir, mais si tu veux me voir regarde la montagne[...]"). A la suite de cette « rencontre », Moïse à été foudroyé (S’aq), en clair il a été pulvérisé par l’expérience qu’il venait de vivre. C’est aussi pourquoi, mais je peux me tromper, les mots arabes Shahid (Celui qui voit) et Shahiid (Le martyr), sont voisin. Vous aurez compris qu’il n’y a la que des allusions subtiles et rien de formel parce que précisément en ce domaine la spéculation intellectuelle reste limitée. A propos du Sirr, je ne sais pas bien ce qu’il peut encore signifier à l’époque de l’Internet et de Google ! Et puis, je vous rappelle que le forum partait d’un article sur le Cheikh Ibn ‘Arabi qui avait précisément pour sujet la question de la Conscience intime (autre sens du mot as-Sirr). Cependant, je reconnais qu’il y a probablement eu un manque de convenance (adhab) de ma part. Mais je vous l’ai déjà dit mon intention était saine. La seul chose que je trouve dommages, et ce n’est pas de vous dont je parle, c’est un manque de connaissance des œuvres des maîtres soufis parmi les Musulmans. Ils ont pourtant offert à l’humanité un corpus inestimable. Que se soit la question du « Kun » ou de la « Shahada », nous ne pouvons pas ignorer ce qu’en ont écrit un Ibn ’Arabi au XIIIe siècle, ou un Abd el-Kader au XIXe siècle ou un Cheikh al’Allawi au XXe siècle (Pour ne citer qu’eux). Je rencontre souvent des discussions, virtuelles ou réelles, où les participants font comme si ces êtres exceptionnels n’existaient pas, se bornant à citer que les sources de la Jurisprudence musulmane, le Coran et la Sunna. Mais ces maîtres n’ont pourtant jamais déviés de ces deux sources et ne font que puiser à cet « Océan sans rivage », qu’est le Coran en se conformant corps et âmes à suivre le « modèle excellent ». Je crois que l’étude et le partage autour des textes de ces maitres permettrait de donner des jalons à un renouveau de la foi, de la pensée et de la culture islamique. Mais là c’est encore un autre sujet, que le temps m’empêche de développer. Craignant une nouvelle fois d’être mal compris, je veux préciser qu’il n’y a dans ce petit texte aucune autre intention que le désir de partager une réflexion.

Fraternellement Neofit.

15 novembre 2007
Waglioni a dit :

Le hadith 4832 (on est pris de vertige devant ces chiffres : seraient-ils 4831 autres de la même veine ?) est sublime, en effet, et donne au seul intitulé “Je suis ce que pense de moi...”, bien d’autres compagnons. Et je remercie, encore, Omar Mazri d’avoir pris la peine de restituer l’intégralité de la citation.

A Neofit, je voudrais dire que, comme lui, je ne vois aucune “raillerie” dans son propos, qui ne visait qu’à recentrer une réflexion. Il l’a fait peut-être un peu brusquement et François s’est cru agressé. L’ego est sensible sur le Net, il serait beaucoup plus émoussé si nous étions en présence les uns des autres. Aussi faut-il faire très attention à la manière dont nous nous exprimons.

Par exemple, je ne suivrai pas Omar Mazri dans son rejet de l’ensemble de la philosophie occidentale “de Socrate à Hegel”, sans lui demander s’il inclut Platon dans ce rejet de Socrate, ou seulement Aristote, et donc si, à la réflexion, il n’ôterait pas Socrate de cette liste imaginaire. Mais ce ne serait pas une raison pour l’interpeller pour avoir curieusement qualifié Einstein d’“homme de foi”. Ce serait faire cas d’une incidente, alors que nous sommes occupés d’une voie directe.

14 novembre 2007
François a dit :

Cher Omar MAZRI,

Je vous ai interpellé sur la manie que les Musulmans, européanisés si j’ose dire, ont de reprendre sans mesure l’adage, j’allais dire judéo-chrétien, du « Dieu est celui qui est » qui prend source dans Exode (3-14) : « Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle "je suis" m’a envoyé vers vous ». Je vous signale que le coran ne dit absolument pas cela, il dit dans le verset 14 de la sourat 20 « Innani Ana Allah la ilaha illa Ana, fa-3boudni wa aqimi assalata li dhikri » (Certes, c’est Moi Allah, point de divinité hormis Moi. Adore Moi donc et accomplis la salat en Mon souvenir). Vous dites :

Cet être qui est à la foi al Awal et al Akhar, al Dhahir et al Batine, qui perçoit le clin d’oeil furtif mais qui n’est perçu par aucun regard, qui est dans les cieux et en même temps plus proche de l’homme que sa veine jugulaire. Cet être il se définit dans le Coran par Houwa (Lui) c’est à dire celui qui est et qui fait en même temps, son être est indissociable de son acte et de son verbe : c’est le sens de Koun fa yakoun.

Je vois que vous prenez cet adage judéo-chrétien pour argent comptant, vous trouvez concevable la formule « Dieu Est », moi je la trouve absurde, pour moi « Dieu n’est pas », pour la bonne raison que l’être (al-ka’in) est le produit de l’ordre divin « sois ! », Dieu dit à la chose « sois ! », et la chose est. L’Islam, ou la littérature arabe comme dites, n’attribue le verbe kana/yakunu qu’en tant que copule liant Allah à Son attribut, et de plus en votre qualité d’arabophone, ou de littérairo-arabo-phone comme vous pourriez le dire, vous ne pouvez même pas former une proposition avec Allah comme sujet et le verbe kana au présent comme prédicat.

Cordialement, François.

14 novembre 2007
François a dit :

Cher Omar MAZRI,

Merci de ce riche et juste éclairage. J’ai une question, vous avez dit :

Le musulman ne peut nier les attributs de Dieu ni se permettre de les lire selon son Hawa (sa passion). Il ne peut y avoir contradiction entre la parole et le verbe de Dieu ni contradiction avec l’esprit de l’homme et la nature assujetti à l’homme : il y a communion.

Pourriez-vous me dire ce que vous entendez par le verbe d’Allah en rapport à Sa parole ?

Cordialement, François.

14 novembre 2007
François a dit :

Messieurs dames, bonsoir

Quant à la vision qui semble vous troubler, vous êtes vous déjà interrogé sur l’étymologie du mot Shahada en arabe, qu’on traduit habituellement par Attestation de foi ou Témoignage de foi ? La racine Shahd, renvoi précisément à la vision, autrement dit le Shahid, est le témoin oculaire.

Cher Neofit, quand vous attestez dans votre prière ou dans votre quotidien « ash-hadou an la ilaha illa Allah », dois je comprendre que l’énoncé de votre chahada est le signe de votre vision oculaire d’Allah ? Je ne vous demanderai pas de soumettre les sources qui vous autorisent d’affirmer la visibilité oculaire de Dieu, car je sais que vous n’en trouverez pas. C’est vrai, il est des awliyas qui affirment dans leurs diwans avoir vu le prophète dans l’éveil, mais je n’en connais aucun qui ait affirmé avoir vu Dieu, même en songe. Je me suis un peu fâché contre vous, et je m’en excuse, parce que j’ai estimé que vous (pro)clamez deux infractions, celle divulguant le secret (as-sirr) si tant est que l’on puisse considérer possible la vision d’Allah, et celle ignorant le hadith dans lequel le prophète (ass) répond à la question de la possibilité de la vision d’Allah par le comment la possibilité de la vision de la lumière, autrement dit par l’impossibilité de la vision de la lumière, et donc d’Allah, la lumière est ce qui anime la vision, la lumière éclaire les choses obscures et permet de les voir, mais n’est pas visible en elle-même. Cependant, le hadith promet que l’on verra Allah, insha’Allah au paradis comme nous voyons le soleil si ma mémoire est bonne.

Cordialement, François.

14 novembre 2007
Neofit a dit :

Bonjour,

Je n’ai voulu "railler" personne et Dieu m’est témoin qu’il n’y a aucune intention malveillante. Pour le reste, je m’excuse de l’esclandre que provoque une si brève intervention sur la vision de Dieu : relisez les Maitres et vous verrez qu’il de s’agit que de cela ! Mais vous l’aurez compris il s’agit de l’œil du cœur.

Fraternellement

Neofit.

14 novembre 2007
Omar Mazri a dit :

Le Hadith que j’ai cité "Je suis ce que pense de moi ma créature (mon adorateur) est un hadith qoudousi, parole transcendante : Mohamed cite Dieu et ne parle pas jamais en son nom de Prophète. L’émotion et le style qui se dégagent sont plus grands, plus intenses. Voici donc l’intégralité, la source et les références du hadith :

Dans le Sahîh de Moslem [en arabe ] le hadith n° 4832 dit : "D’après Abou Horayra , le Prophète (saws) a dit : Allah, à Lui la puissance et la gloire, dit : "Je suis tel que Mon serviteur M’estime. Je serai avec lui chaque fois qu’il Me mentionnera. Ainsi, s’il Me mentionne dans son for intérieur, Je le mentionnerai dans Mon for intérieur ; s’il Me mentionne dans une assemblée, Je le mentionnerai dans une meilleure assemblée. S’il se rapproche de Moi d’un empan, Je me rapprocherai de lui d’une coudée ; et s’il se rapproche de Moi d’une coudée, Je Me rapprocherai de lui d’une brasse et s’il vient vers Moi à petits pas, J’irai vers lui à pas accélérés".

Ce hadith est sublime non seulement sur le plan spirituel mais sur le plan existentiel.Il définit la relation qui doit lier le croyant avec son Créateur. J’aurais l’occasion d’y revenir avec plus de détails pour l’expliciter à la lumière du Coran et en même temps apporter, inchaallah, une réponse "satisfaisante" à la notion de grandeur de Dieu et donc à celle de Allah Akbar qui est une proclamation qui ne quitte pas le musulman dans sa prière mais aussi dans son rapport au monde. L’ignorance a fait de cette proclamation la plus subtile et la plus humble une expression d’arrogance chez les uns et un sentiment d’effroi injustifié chez les autres. Quand deux ignorances se font face , la violence est en emergence.

En arabe coranique les expression sont par exemple Allah al Moutakabir, Kabirou Allah, al Kibriya lillah : le sens dépasse la mesure de grandeur physique : il s’agit davantage de la puissance divine, de sa gloire, de sa majesté, de son "orgueil", de sa valeur inestimable et bien entendu de son incomparabilité. Ce n’est pas en vain que l’islam considère "une heure de méditation est préféréable à mille ans de dévotion". J’espère avoir l’occasion d’y revenir mieux inspiré et plus documenté. Quelque soit notre background nous restons devant Dieu : les pauvres, les indigents, les ignorants qui sollicitons sa miséricorde infinie, son infinie mansuétude...

Celui qui cherche si quelqu’un a vu Dieu pour le railler. Nous l’invitons fraternellement à répondre en son âme et conscience : il y a une intentionnalité à chacun de nos actes et dans les signes que nous semons. Pourquoi visiter et intervenir sur un forum qui traite de spiritualité si ce n’est chercher réponse à ses interrogations, témoigner d’une expérience mystique ou informer d’une connaissance ? Sans mépris on aurait la signification logique de l’intervention d’un homme, mon semblable qui est comme moi et tous les autres en quête de signe, de signifié et de signifiant. Je voudrais lui dire que Moise a été interpellé par les sceptiques de son peuple " Nous ne croirons point tant que n’aurons pas vu Dieu". Le Coran répond aux sceptiquex : "même s’ils voyaient Dieu directement ils ne donneraient pas raison à leurs yeux". Einstein, homme de foi, a résumé cette problèmatique en disant qu’il est plus facile de casser un atome que de casser un préjugé.

L’homme libéré de ses préjugés aurait compris que nul ne lui demande de voir Dieu ni prétende avoir la capacité de rendre Dieu visible à celui qui ne veut pas voir. Nous lui demandons une seul chose : vois la création de Dieu, contemple là et tu verras Dieu dans une de ses manifestation (Saints Noms divins) s’il estime que tu mérites de voir ses attributs. Cherche et tu verras qu’en toi ces attributs sont présents, Dieu est en toi, libére toi de tes fausses certitudes et tu te verras comme lieu et moment de manifestation de la grandeur de Dieu, de sa beauté et de sa majesté. Regarde le chameau, la montagne, la mer, le soleil, le sperme, l’ovule... La bédouine arabe, sans être lettrée ou nourrie à la tempête de l’esprit, sait sans voir le chameau que s’il y a des traces de pates de chameau il y a certainement un chameau qui est quelque part inaccessible au regard. Elle arrive sans syllogisme compliqué a témoigner de la présence de Dieu par la contemplation (observation et méditation) de sa création avec cette crainte révérencieuse qui va s’imposer comme illumination de foi : Dieu est, Il est incommparable.

Regardes la Resurrection chaque printemps, chaque jour, chaque instant en toi et dans ton environnement et les signes sont là pour témoigner c’est à dire se dévoiler ou devenir visible, lisible, signifiant (sens de chahida) qui est aussi le Nom divin Allah As Chahid, celui qui témoigne de sa grandeur en dévoilant la grandeur de sa création, qui se rend visible dans l’invisible de la conscience, de la préconsicience ou de la supra conscience. Il n’y a plus de mots. Quand les mots et les signes ne suffisent plus tu es sur la voie de comprendre la grandeur de Dieu puis de la dépasser en entrant dans son amour : abolition du moi et abolition des frontières de la perception, de la raison, de la religion : l’âme, souffle divin, interpelle par un langage indicible donc intranscriptible en signes.

L’intelligence, la quête de sens n’est pas de railler les autres mais de chercher à comprendre en se posant une question simple : " et si tous ces stupides ont raison à quoi aurait servi mon intelligence, mon existence ?" Il ne s’agit pas de se convertir à l’islam mais de poser une des questions recurentes de la philosophie et d’y répondre en tentant l’expérience de débattre, de comprendre, de chercher le sens et non de caricaturer ou de railler les autres. Il est facile de fuir un débat honnête et sincère que de l’affronter avec des arguments. Nous éprouvons du chagrin nous ne voulons pas et nous ne pouvons pas imposer notre foi et notre amour par la contrainte mais nous cherchons comme tout amoureux à la partager avec ceux qu’on doit aimer à priori car ils sont nos frères en humanité. Allah a pour nom Al Wadoud : son amour en tant que "sentiment" est infiniment grand, infiniment inépuisable.

Le débat est interessant sur le Koun fa yakoun et ses risque de dérive que Dieu étant être il a été "existé". Allah a fermé la porte à ses spéculations en se présentant sous l’Attribut d’unicité : Al Wajed : Celui qui donne existence alors que lui n’est pas existencié. Il y a une grande différence entre Créateur ex nihilo et Existenciateur. Pour ce dernier terme il faut entrer dans le concept nouveau de virtualisation pour en comprendre toutes les subtilités.

Celui qui a goûté à l’amour qui fait disloquer les côtes et mettre en expansion le coeur en tant qu’amant (e) ou parent peut comprendre l’amour grandissant, sans fin, au contact de Dieu qui se révèle à l’homme sans voile et qui l’embellit et le rend davantage aimant, embellit et aimant davantage il va contempler la création et tout particulièrement son conjoint avec chaque fois plus de beauté dans le regard, plus de beauté dans les choses regardées et plus d’amour dans le coeur et plus d’amour emanant des êtres et des choses aimées et ainsi de suite sans fin : la félicitée. Cet "infini" est inaccessible au poète, au mystique, au connaissant de l’universel comment peut-il emerger à la conscience ou dans la bouche du vulgaire dans son microcosme de préjugés, de craintes, de matérialité ?

14 novembre 2007
Omar Mazri a dit :

Cher François, pitié n’attribuez pas un autre sens à mes paroles ou à ma pensée dans un post qui se voulait plus "réactif" par fraternité que "capacitif". J’ai juste essayé de « bricoler » un petit argumentaire pour montrer que la notion d’infini ou d’indéfini ne sied pas à Dieu. On est devant un mystère qui nous dépasse par notre finitude et notre petitesse. Pascal, mathématicien, philosophe, grand personnage chrétien n’a pas tranché sur l’infini qui était son « dada » théologique ou s’il l’a fait il faut avouer que très peu de personne arrive à le comprenne. Il est vrai que ses « pensées » ne peuvent être enseignées hier et aujourd’hui à des adolescents qui ne connaissent encore rien de la vie spirituelle. Il est vrai que Pascal inspire très peu de vocation à un âge où la télévision, avec l’argent du contribuable, invite à aller se trémousser les hanches que de lever les yeux vers les étoiles et l’univers qui se dilate.

Le crée ne peut décrire le Créateur. Le poste de télévision peut débiter des mensonges mais il ne peut délivrer une notice décrivant le fonctionnement, les comportements et l’issue finale du spectateur. L’inverse est plus plausible. Une autre manière de formuler le « pari pascalien ». Le Créateur a montré par ses Attributs divins comment Il veut et comment il peut être connu. Ses attributs sont accessibles mais Son Essence est inconnaissable. Notre âme relève aussi du divin inconnaissable : « Et ils t’interrogent au sujet de l’âme, - Dis : ‹l’âme relève de l’Ordre de mon Seigneur›. Et on ne vous a donné que peu de connaissance. » Mohamed (saws) homme de foi et de raison nous a demandé de méditer sur ce qui est accessible à la raison ou à la contemplation en l’occurrence la création de Dieu et non sur le Créateur de la raison et de la création. Mohamed est le mieux informé sur Dieu. Nous l’aimons, nous le vénérons, nous le prenons comme modèle mais jamais il ne viendrait à l’esprit d’un musulman sensé et ayant la foi authentique de le prendre pour une divinité ou une idole.

Il n’était donc pas important dans ce post que je précise littérature ou langue. Je peux, même si j’avoue avoir écrit presque inconsciemment sans faire de distinction que la distinction est de mise et cela pour au moins deux raisons. La première raison est que dans ma tête, absorbée par la mystique du forum, la langue arabe est naturellement la langue coranique même si historiquement elle a existé avant le Coran. Toute la grammaire, la syntaxe et la sémantique qui font qu’un parler ne soit pas un dialecte ou un langage mais une langue ont pris forme scientifique (méthodologique) après la révélation du Coran et en particulier quand le travail d’exégèse a commencé. Les premiers livres de conjugaison et de grammaire (celui d’Anas par exemple) sont construits sur des versets coraniques. Le Coran a fait rentrer le parler arabe dans l’écriture et la lecture avec toute leur signification civilisationnelle.

La langue coranique ne parle pas d’infini qui reste davantage une notion mathématique et une catégorie philosophique. Elle parle de Dieu qui affirme non pas son existence car elle est innée en nous, et c’est cela aussi le miracle coranique, mais de notre besoin à l’adorer : « Allah ! Point de divinité que Lui ! Il possède les noms les plus beaux. Le récit de Moïse t’est-il parvenu ? Lorsqu’il vit du feu, il dit à sa famille : ‹Restez ici ! Je vois du feu de loin ; peut-être vous en apporterai-je un tison, ou trouverai-je auprès du feu de quoi me guider›. Puis, lorsqu’il y arriva, il fut interpellé : ‹Moïse ! Je suis… »

La littérature arabe en sa qualité d’usage esthétique du langage écrit en langue arabe (conte, roman, poésie, discours théologique, etc...) ou de productions intellectuelles par des arabes (je n’ai pas précisé dans mon intervention s’il s’agissait d’écrit ou d’oral) parle d’azali (pré éternité) et d’abadi (éternité). La langue arabe utilise aussi le terme « sarmadi » pour désigner l’infini dans le futur en référence d’abord à l’amour puis aux traductions des théories scientifiques des années soixante sur l’univers supposé infini. La réalité coranique a toujours annoncé un monde fini : « N’as-tu pas vu qu’Allah fait pénétrer la nuit dans le jour, et qu’il fait pénétrer le jour dans la nuit, et qu’Il a assujetti le soleil et la lune chacun poursuivant sa course jusqu’à un terme fixé ? »

Cher François même si je me suis lourdement trompé, le problème de fond sur lequel nous devons converger ou diverger n’est pas là. Il est en réalité dans le mode d’appropriation de nos connaissances, de nos convictions et ce que nous en faisons pour vivre ensemble en communion pour honorer, son intelligence, ses sentiments et sa liberté. Le religieux et la langue peuvent nous séparer mais la foi et le sens peuvent nous unir en dialoguant comme nous le faisons dans ce forum. Je rentre dans le débat car je crois en la compétence symbolique de l’homme de débattre pour trouver du lien, du sens, de la socialité. Puisque le débat est entre ouvert, je vous donne une information (je n’arrive pas à en retrouver la référence) sur la culturalité arabe : Mohamed a clos les faux débats sur l’arabité pour aller à l’universel : « qui parle l’arabe est arabe ». Il a placé le niveau infra sur le plan de la culture et le niveau supra sur la foi. Qui des philosophes et des hommes de lettres a réussi cette synthèse ? Qui a introduit cette connaissance de Dieu qui enlève toute dérive casuistique : « Et votre Seigneur dit : ‹Appelez-Moi, Je vous répondrai […] Tel est Allah, votre Seigneur ; gloire à Allah, Seigneur de l’univers ! C’est Lui le Vivant. Point de divinité à part Lui. Appelez-Le donc, en Lui vouant un culte exclusif. »

Il n’y a pas d’intermédiaire pour confisquer la foi, brimer la conscience, interdire la connaissance ou pour imposer une signification humaine fini et incertaine. Appelez Dieu comme Il vous le demande et par les Noms et Attributs dont il s’est fait, se fait et se fera connaitre dans ce monde qui le louange par ses noms et non par des fabulations mythologiques : « A Lui les plus beaux noms. Tout ce qui est dans les cieux et la terre Le glorifie. » - « Dis : ‹Invoquez Allah, ou invoquez le Tout Miséricordieux. Quel que soit le nom par lequel vous l’appelez, Il a les plus beaux noms. » Ces Noms ont été explicités par la Sunna du Prophète. Le miracle coranique s’opère devant nos yeux : le dernier verset de la sourate (al isra) que je viens de citer en dernier raconte le voyage nocturne du Prophète et les signes divins qu’il a vu se termine par le thème qui m’a interpellé pour intervenir dans ce forum « Et proclame hautement Sa grandeur ». Quelle est la signification de la grandeur de Dieu, d’Allah Akbar ? Infinitude, indéfinition ?

Mon cher François vous m’interpellez sur les notions de signifié et de signifiant. Vous avez peut être raison. J’avoue n’avoir pas pensé situer le débat sur le signe linguistique vu par Saussure ou le signe symbolique vu par Yung et tant d’autres signes que la sémiologie, l’herméneutique et la philologie étudient. Ce n’était et ce n’est toujours pas ma préoccupation principale dans le débat sur la spiritualité et le soufisme qui évoquent l’amour de Dieu, la foi en Dieu, la connaissance de Dieu. Mais vous soulevez un problème de fond qui mérite, eu égard à votre intervention qui m’interpelle et à ma modeste connaissance des Noms divins, une réponse même s’il est hâtive et improvisée. Dieu et le Coran ne peuvent être réduits à une catégorie ou à un phénomène inventés par l’esprit de l’homme pour classifier, conceptualiser, expliciter... Même si je reste sur le terrain du signe vous savez mieux que moi que l’interprétation d’un signe exige des référents : ces référents sont culturels, religieux, philosophiques. Musulman, soumis à Dieu, je ne peux ni par la pensée ni par l’écriture faire l’erreur de soumettre Dieu à mes référents, à mes signes y compris religieux. Le drame de l’homme c’est de vouloir confiner Dieu à son ego, à son douar, à sa nation ou sa religion. Dieu est plus grand. Pour comprendre sa grandeur il faut que le cœur comprenne sa petitesse, son insignifiance, son indigence et c’est d’ailleurs ce que le verset coranique (isra 107) qui précède la proclamation de la grandeur de Dieu (isra 110) montre sans équivoque, sans étude symbolique ou linguistique : « Ceux à qui la connaissance a été donnée avant cela, lorsqu’on le leur récite, tombent, prosternés, le menton contre la terre› et disent : ‹Gloire à notre Seigneur ! […] Et ils tombent sur leur menton, pleurant, et cela augmente leur humilité. »

La pensée occidentale nourrie par la pensée philosophique de Socrate à Hegel est dans le délire de la philosophie de l’être qui est une vision réductrice du monde et de l’homme dont la dérive est l’ethnocentrisme européen et l’anthropomorphisme de Dieu. Nul n’est le centre du monde, Dieu est incomparable à tout objet de l’imagination ou de la pensée, ce sont les « postulats » » du Thawhid. Voici Hegel le génie de la philosophie et pas n’importe quelle philosophie, l’allemande, qui vous dit : "La vie de Dieu et le connaître divin peuvent donc bien se trouver énoncés comme un jeu de l’amour avec soi-même ; cette idée sombre dans l’édification et même dans la fadeur quand y manquent le sérieux, la douleur, la patience et le travail du négatif". Nous serions presque dans une synthèse entre la contemplation et l’action si le négatif qu’il évoque n’était pas l’œuvre de Dieu et cette œuvre serait inférieure à l’esprit. Il le dit d’ailleurs d’une manière plus explicite : "Le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature. Car la beauté artistique est la beauté née de l’esprit." Ce qu’il dit est beau mais n’importe quel musulman ne pourrait l’admettre.

Le musulman est un être qui a pris conscience de la réalité et de la portée des attributs divins et de l’unicité des Noms divins qui font que sa parole et son acte sont UN. Il est Un. Le musulman ne peut nier les attributs de Dieu ni se permettre de les lire selon son Hawa (sa passion). Il ne peut y avoir contradiction entre la parole et le verbe de Dieu ni contradiction avec l’esprit de l’homme et la nature assujetti à l’homme : il y a communion. S’il y a contradiction elle est dans notre regard intérieur. Elle vient surtout de l’esprit prométhéen qui veut que l’homme ait un rapport de domination sur la nature, une autre dérive démiurge. Le Coran est la parole de Dieu, la Nature est la création de Dieu. Le débat sur le Coran, parole de Dieu ou création de Dieu est dépassée et il ne nous apporterait que le doute, la contradiction et la fuite. La vérité, la notre, celle du monothéisme islamique, est que Dieu est incomparable et il nous le dit pour que cette dérive qui est "Kofr" ou "chirk" ne soit pas présente dans la conscience et le comportement du croyant qui voit partout Unicité de Dieu et qui proclame son incapacité à en saisir toute la signification : Allah Akbar. Dieu est au-delà de l’infini ou de l’indéfini, il est…, il est plus grand que tout ce que nous pouvons imaginer, calculer jusqu’à perdre la raison et se libérer du vent qui tourmente et agite les esprits. Jésus qui a annoncé Mohamed a dit la même chose sous forme parabolique : "Bien heureux les faibles d’esprit, le royaume de Dieu leur appartient". La linguistique n’apporterait rien de plus car il s’agit davantage de foi que de signes iconiques.

Le défi coranique actuel n’est plus destiné au bédouin illettré qui a cru en sa qualité d’homo natura qui n’a pas mis entre lui et Dieu le savoir fini, imparfait et variable des hommes, mais au lettré plein de diplômes et rempli de théories spéculatives. Comment sur le plan de la philosophie et de la science définir ce qui n’appartient ni au rationnel ni à l’irrationnel mais à l’incomparable : cet être qui est à la foi al Awal et al Akhar, al Dhahir et al Batine, qui perçoit le clin d’oeil furtif mais qui n’est perçu par aucun regard, qui est dans les cieux et en même temps plus proche de l’homme que sa veine jugulaire. Cet être il se définit dans le Coran par Houwa (Lui) c’est à dire celui qui est et qui fait en même temps, son être est indissociable de son acte et de son verbe : c’est le sens de Koun fa yakoun. Son temps est divin il n’est pas le notre : il nous a informé qu’un de ses jours équivaut à cinquante mille ans de notre calendrier comme il nous a informé que notre temps de vie est comparable à un clin d’œil : incomparable.

Il est possible que je me trompe, il est certain que je me trompe mais je ne pense pas en homme de foi et de raison dire qu’Etre signifie être créé en parlant de Dieu ou du signe linguistique. Par contre j’ai précisé que l’imam Ali a parfaitement saisi l’insaisissable de l’Etre en disant "Il est celui qui a créé le temps et l’espace sans être confiné dans le temps et l’espace". Puisque nous sommes dans un forum sur la "mystique" j’aimerais citer les vers d’Omar Ibn Farid : " Oui, je le décrirai. Et c’est vrai : ses qualités. Je les connais à perfection. Limpidité ! Mais ce n’est pas de l’eau. Subtilité ! Mais ce n’est pas de l’air. Luminosité ! Mais ce n’est pas du feu. Âme charnelle ! Loin de tout corps de chair. Notre incompétence devient beauté quand elle s’avoue avec humilité, elle devient réceptacle d’amour pour laisser Dieu parler au cœur et lui illuminer l’esprit par son dévoilement : « Allah ! Pas de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même ‹al-Qayyum›. ». Il va dire à l’homme le plus dévot qu’il n’a pas besoin de lui car il est, il était et il sera. Pour cela il va utiliser un temps passé qui dans la langue coranique signifie toujours au passé, au présent et au futur ce qui nous ramène ou bien à une convergence de foi ou bien à une divergence sémiologique. Le signe coranique, l’écriture arabe, langue que Dieu a choisie pour se faire connaître nous informe sur lui-même par lui-même : « Allah atteste, et aussi les Anges et les doués de science, qu’il n’y a point de divinité à part Lui » - «  ? C’est Lui qui a tout créé, et Il est Omniscient. Voilà Allah, votre Seigneur ! Il n’y a de divinité que Lui, Créateur de tout. Adorez-Le donc. C’est Lui qui a chargé de tout. Les regards ne peuvent l’atteindre, cependant qu’Il saisit tous les regards. Et Il est le Doux, le Parfaitement Connaisseur. »

13 novembre 2007
Néofit a dit :

Bonsoir,

Désolé François, si vous vous êtes senti blessé par mon message. Je ne vous accuse de rien, mais je souhaitai juste vous faire partager mon sentiment sur les limites inhérentes à la pensée discursive et que dans le domaine de la foi, qui peut véritablement conduire certaines êtres à la vision, la notion d’absurdité n’a pas sa place ou tout du moins semble déplacée. Quant à la vision qui semble vous troubler, vous êtes vous déjà interrogé sur l’étymologie du mot Shahada en arabe, qu’on traduit habituellement par Attestation de foi ou Témoignage de foi ? La racine Shahd, renvoi précisément à la vision, autrement dit le Shahid, est le témoin oculaire. Pour le reste, je crois que nous sommes d’accord pour dire que le Cheikh Ibn ’Arabi ne s’appuie pas que sur la pensée discursive mais bel et bien sur une expérience directe.

A Waglioni le "pauvre" dont il s’agit est évidement le "pauvre en Dieu" qui, par un chemin d’ascèse, s’est dépouillé de tout ; savoirs, connaissances, biens, etc. n’aspirant qu’à la rencontre du Riche, al-Ghani.

Fraternellement. Neofit.

13 novembre 2007
François a dit :

Bonsoir Monsieur,

Vous nous dites :

Si vous avez un jour le bonheur de croiser un être qui vous dit "J’ai vu Dieu", vous pourrez sans aucun doute pensez que c’est une absurdité et pourtant ce pauvre individu aura vu Dieu et s’en ira son chemin pour trouver quelqu’un qui puisse l’aider à porter le poids de ce secret.

Je vous serai infiniment reconnaissant de ne pas m’accuser de ce soi-disant bonheur de croiser celui qui prétendrait avoir vu Dieu, soyez en vous-même heureux, et que Dieu vous garde, Amen !

Cordialement, François.

13 novembre 2007
Waglioni a dit :

Merci beaucoup, Omar Mazri, pour les précisions que vous apportez. C’est éclairant. J’ai encore deux questions. D’abord pouvez-vous donner la référence de cette citation

Dieu dit "je suis ce que pense de moi mon adorateur"

je voudrais en étudier le contexte. Si vous n’avez pas la référence, quelqu’un d’autre sur ce forum l’aurait-il ? Cela me semble tellement relativiste que sa compréhension est certainement réservée à un "état" (ou station) particulier, où l’adoration est assez dire pour signifier que nous somme dans la religion de l’amour qui transcende, dans un désir assez intense pour figurer (transfigurer). Alors en effet, toute qualification est permise, et toute affirmation, même le "j’ai vu Dieu" que Neofit nous rapporte comme dit d’un "pauvre individu", en effet pas si pauvre que cela...

D’autre part, je voudrais bien que l’on trouve une traduction correcte pour akbar, afin que l’on n’entende pas à tout bout de champ ce désastreux "Dieu est grand", voire "plus grand", soit même "le plus". A mon avis (mais je ne serai pas trop affirmatif, c’est une question très complexe), il ne faudrait peut-être pas trop s’arrêter à la conception qu’en ont les arabophones eux-mêmes, car ils peuvent bien être trop imbibés par les usages grammairiens qui veulent faire de ce genre d’expression un simple superlatif. Non, il faudrait que quelqu’un explique, là encore le contexte précis où ce mot intervient dans le Coran (je crois me souvenir que son occurrence est unique), et puisse retracer son usage, le pourquoi de son adoption dans l’appel à la prière, et dans la prière elle-même. C’est là tout un programme de recherche, j’en ai bien peur, et qui dépasse de très loin mes possibilités et mes connaissances. Aussi je pose la question, en espérant quelque aide de la part de ce forum dont la teneur est surprenante.

13 novembre 2007
Neofit a dit :

Bonjour,

"Comment voulez qu’Allah soit ka’in alors que c’est Lui qui dit au ka’in « kun » pour qu’il soit ? Voudriez vous qu’Allah se dise à Lui-même d’être, qu’Il s’existentie Lui-même ? C’est absurde."

François, il me semble que l’absurde est une notion toute relative et très rationalisante. Sur un sujet aussi subtile que celui de l’Etre, dans une perspective spirituelle et islamique, j’ai le sentiment que nous nous situons dans au-delà de l’absurde. Si vous avez un jour le bonheur de croiser un être qui vous dit "J’ai vu Dieu", vous pourrez sans aucun doute pensez que c’est une absurdité et pourtant ce pauvre individu aura vu Dieu et s’en ira son chemin pour trouver quelqu’un qui puisse l’aider à porter le poids de ce secret. La raison, qui symboliquement loge dans la tête, à ses lois et donc ses limites, l’Esprit est quant à lui libre et dans sa course infinie cherche un cœur où loger.

Fraternellement

PS :"Sur la question que vous vous posez sur le Fiat ou le Kun je vous invite à lire ce qu’en a écrit le Cheikh Ibn ’Arabi lorsqu’il parle des "Thubut" et des "Mazahir". Voir également une introduction éclairante dans les Mawaqifs de l’émir Abd el-Kader."

13 novembre 2007
François a dit :

Mesdames Messieurs, bonsoir,

Cher Monsieur Omar MAZRI, permettez-moi de revenir sur votre premier paragraphe que voici :

L’infinité de Dieu a été soulèvé, à juste titre par Waglioni. Sur un plan purement sémantique la littérature arabe n’utilise pas d’attribut infini pour Dieu mais parle de pré éternité (azali) et d’éternité (abadi) pour se mettre dans la position de l’univers en réfèrence par rapport à son passé et à son devenir comme celui de l’homme non seulement à partir de la création originelle mais à partir de l’au delà.

En ce qui concerne la transposabilité du concept d’éternité dans la pensée arabe, et plus précisément la mise en rapport de ce concept avec ceux arabes de azal et de abad, je déplore que vous ayez choisi d’employer le terme littérature arabe au lieu de langue arabe, car il s’agit là de langue et de mots et non de littérature et d’expressions. Je vous reproche cela parce que je présume que vous devez pertinemment savoir que la langue détermine la pensée, en ce sens que ce que donne à penser un mot d’une langue donnée, le rapport signifiant/signifié si vous voulez, ne se retrouve pas forcément dans un mot qui lui correspondrait dans une autre langue.

Je reprends aussi votre troisième paragraphe que voici :

Dieu est Un tout en étant le Premier (al Awal) et le Dernier (al Akhar). Ces attributs signifie qu’il Est, qu’il a toujours été et qu’il sera toujours dans la perfection et la puissance qui dépasse notre entendement. Pour Ahl as Sunna ces 99 noms sont des attribut thawqifiya, c’est à dire qu’il sont spécifiques à Dieu exclusivement, en même temps elles sont descriptives de l’ontologie divine sans nous permettre d’accéder à l’essence divine. Il s’est lui même défini par le verset

La notion et le concept de l’être tels qu’ils existent dans l’entendement philosophique et théologique (disons) occidental n’ont pas forcément cours dans la pensée arabo-islamique. Si en Occident le concept de l’être occupe la place centrale de la pensée, en ce sens qu’elle ne cesse d’animer la question du « qu’est-ce que l’être ? », dans la pensée arabo-islamique on ne se pose même pas la question du « mahihati al-ka’in ? » pour la raison qu’on ne dit jamais de Dieu « Allah ka’in ». La question d’Allah ne se pose pas pour moi sur le plan sensible de la nature en ce sens que je cliverais l’entité subjective divine entre essence et existence, ou entre être et essence par exemple, et que je chercherais les modalités existentielles et essentielles de l’objet suprême de ma pensée, comme cela semble être le cas pour la philosophie avec sa notion de l’« être » assimilée à « Dieu ». Comment voulez qu’Allah soit ka’in alors que c’est Lui qui dit au ka’in « kun » pour quil soit ? Voudriez vous qu’Allah se dise à Lui-même d’être, qu’Il s’existentie Lui-même ? C’est absurde.

Pour mettre en lumière le parallèle entre les notions d’« être » et de « ka’in », je dirais quelques mots sur la dimension grammaticale du vocable être. Dans les propositions où le terme « être » [ou une de ses formes dérivées] s’inscrit dans l’énoncé d’un état [ou attribut] d’un sujet, du genre « Pierre est grand », ou dans l’énoncé d’une localisation spatiale du genre « Pierre est dans la maison », il est juste un mot/outil grammatical, dit copule, qui sert à lier le sujet et le prédicat. Le terme « est » [ou une de ses formes dérivées] est ici bien en adéquation temporelle avec la réalité en question, car, chaque temporalité de l’action ayant une forme verbale propre à elle, « est » ne s’emploie qu’au présent [non au passé ou au futur], tout comme « sera » qui ne s’emploie qu’au futur [non au présent ou au passé] ou encore « a été » [ou « était »] qui ne s’emploie qu’au passé [non au présent ou au futur].

Quant aux propositions où le terme « être » [ou une de ses formes dérivées] s’inscrit dans l’énoncé d’une action, on fait ces deux remarques parallèles : -1] l’absence du terme « être » [ou une de ses formes dérivées] dans l’énoncé d’une action qui se déroule au présent ou au futur, du genre « Pierre part » ou « Pierre partira », -2] l’emploi de la forme du verbe « être » d’état conjugué au présent dans l’énoncé d’une action qui s’est pourtant déroulée au passé, du genre « Pierre est parti ». A partir de ces deux remarques liées au concret du langage, on peut bien en conclure que : -1] la notion d’« être » [référé à une action] est absente à l’esprit lorsqu’il s’agit de l’énoncé d’une action qui se déroule au présent ou qui se déroulera au futur, et dire aussi que dans le cas où la notion d’« être » [référé à une action] est présente à l’esprit dans l’énoncé d’une action qui s’est déroulée au passée, elle prend la forme du verbe [référé à un état] conjugué au présent.

Tout cela nous amène donc à penser de la réalité de l’« être » dans le contexte d’une action, que non seulement elle n’est entendue qu’au passé, et non au présent ou au futur, mais aussi qu’elle est entendue au passé en tant qu’auxiliaire d’une action à laquelle elle s’attache et non en tant qu’action. La notion d’« être » inscrite dans le contexte d’une action n’est donc concevable qu’au passé et non au présent ou au futur, et elle n’est conçue dans le contexte d’une action au passé que sous le mode de l’état et non de l’action. On en arrive à se demander si ce n’est pas la présence de l’« être » sous forme de copule [simple mot/outil grammatical, une fonction de la prédication liant le sujet et le prédicat et ne se rapportant à aucune réalité extra langagière], et aussi si ce n’est pas la dissonance temporelle qu’induit dans l’esprit l’emploi du verbe « être » dans le contexte d’une action, précisément lorsqu’il prend une forme auxiliaire au présent en discordance avec la forme principale au passé, qui a conduit la pensée à vouloir définir l’« être en acte » que l’esprit ne conçoit pas dans le langage courant.

Cordialement, François.

12 novembre 2007
François a dit :

Mesdames, Messieurs, bonsoir,

Nous devons dire aussi que le Coran n’est pas que sujet à interprétation, il est aussi et surtout un code de conduite clair et net, pour tout un chacun, et il est enfin la dalle sur laquelle est établie la maison du droit et, par là même, la société. Et là, au niveau législatif et judiciaire, l’inclination interprétative du coran a ses limites, aussi bien au niveau du contenu sémantique que sur le plan de l’autorité conférée, autrement, il ne pourrait y avoir ni sérénité ni stabilité sociales.

Cordialement, François.

12 novembre 2007

Merci à l’équipe Oumma.com pour avoir finalement publié l’entièreté de cet article en une seule fois. En effet, les 3 thèmes (Coran, Universalisme et Amour) abordés par Mr Chouiref semblent être indissociables et s’expliquent l’un l’autre. Cela me paraît maintenant beaucoup plus cohérent.

Salam

12 novembre 2007
Omar Mazri a dit :

l’infinité de Dieu a été soulèvé, à juste titre par Waglioni. Sur un plan purement sémantique la littérature arabe n’utilise pas d’attribut infini pour Dieu mais parle de pré éternité (azali) et d’éternité (abadi) pour se mettre dans la position de l’univers en réfèrence par rapport à son passé et à son devenir comme celui de l’homme non seulement à partir de la création originelle mais à partir de l’au delà.

La notion d’infini renvoie à un registre matériel pour signier que sur le plan quantitatif une chose est sans bornes, illimité dans l’espace et dans le temps, ou plus grande que toute quantité donnée de même nature. Sur le plan qualitiatif il signifie indéfinissable,inestimable. Dans tous les cas la projection se fait à partir d’un présent vers l’Avenir.

Dieu est Un tout en étant le Premier (al Awal) et le Dernier (al Akhar). Ces attributs signifie qu’il Est, qu’il a toujours été et qu’il sera toujours dans la perfection et la puissance qui dépasse notre entendement. Pour Ahl as Sunna ces 99 noms sont des attribut thawqifiya, c’est à dire qu’il sont spécifiques à Dieu exclusivement, en même temps elles sont descriptives de l’ontologie divine sans nous permettre d’accéder à l’essence divine. Il s’est lui même défini par le verset

"Créateur des cieux et de la terre...Il n’y a rien qui Lui ressemble" 42, 11

Le "layssa ka mithlihi chay" signifie : rien ne lui ressemble, il est incomparable.

Il ne peut donc être indéfinissable puisque Dieu dit "je suis ce que pense de moi mon adorateur". Nous ne pouvons penser à Dieu via son essence mais via ses attributs qui eux sont définis et accessibles à la compréhension tant sémantique que métaphorique.

"C’est Lui Allah. Nulle divinité autre que Lui, le Connaisseur de l’Invisible tout comme du visible. C’est Lui, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. C’est Lui, Allah. Nulle divinité que Lui ; Le Souverain, le Pur, L’Apaisant, Le Rassurant, le Prédominant, Le Tout Puissant, Le Contraignant, L’Orgueilleux. Gloire à Allah ! Il transcende ce qu’ils Lui associent.C’est Lui Allah, le Créateur, Celui qui donne un commencement à toute chose, le Formateur. A Lui les plus beaux noms. Tout ce qui est dans les cieux et la terre Le glorifie. Et c’est Lui le Puissant, le Sage." CORAN 59:22 - 24.

L’imam Ali al Hakim est un des meilleurs connaissants d’Allah voici ce qu’il dit, complexe mais non indéfinissable :

Créateur du temps et de l’espace il ne pourait être confiné dans ce qu’il a crée celui qui se refuse à tout regard ; l’œil qui ne l’aurait pas vu ne saurait le nier, le cœur qui y croit ne saurait le voir. Il a dépassé toute hauteur et nul n’atteindrait sa transcendance ; il s’est rapproché si près que rien n’est aussi proche que lui. Sa transcendance ne l’a aucunement éloigné de ses créatures ; de même, son approche ne les a point élevées à son rang ; L’esprit ne peut pas cerner tous ses attributs mais Dieu n’a pas mis de voile devant l’obligation de le connaître.

Si mainteant on se représente Dieu comme amour et comme acte dans ce monde fini et dans l’autre infini alors son amour et son acte sont infini c’est à dire en perpetuelle croissance par rapport à nous et non par rapport à lui qui est Immuable et suffisant à lui même (as Samad). Toujours dans la même perspective si Dieu est le Dhahir (apparent) et le Batine (Caché) Il est partout en même temps : dans l’atome et dans un paradis aussi vaste que la terre et les cieux. Il serait alors sans fin et sans limite de lieu et de temps et nous resterons limités dans notre finitude tout en étant immortel mais en perfection sans fin. Les hadiths sur les gens du Paradis me donnent cette impression.

Quand Dieu dit que vous ne pouvez pas recenser les bienfaits de Dieu, Il signifie que ses actes d’amour, de bonté, de générosité envers nous sont infinis mais nous sommes à la fois ingrats et incompétents pour les voir.

Dieu est le plus savant sur lui même. Nous sommes les indigents et Dieu est le Riche.

Fraternellement

12 novembre 2007
François a dit :

Mesdames, Messieurs, bonsoir,

Cher Monsieur Tayeb CHOUIREF, permettez moi de revenir sur le paragraphe 1 que voici :

1. Concernant le Coran, Ibn-Arabî affirme le caractère inépuisable du message coranique et la multiplicité des niveaux d’approfondissement des significations qu’il contient : « Le serviteur dont le regard intérieur (al-baçîra) est illuminé – celui qui est dirigé par une lumière de son Seigneur (Coran : 39, 22) – celui-là obtient chaque fois qu’il récite un verset une compréhension nouvelle distincte de celle qu’il avait obtenue pendant la récitation précédente, et de celle qu’il obtiendra pendant la récitation suivante. Dieu a répondu à la demande qu’Il Lui a adressée en disant : ô mon Seigneur, augmente-moi en science ! (Coran : 20, 114).

On peut être tout à fait d’accord avec l’infinité du sens de la parole de Dieu que l’acte de lecture de par son caractère éphémère ne peut épuiser, mais je pense en toute honnêteté que les versets auxquels vous vous êtes référés, 39-22 et 20-114, ne peuvent servir pour fonder cette pensée.

Le verset 114 de la sourate 20, « Que soit exalté Allah, le Vrai Souverain ! Ne te hâte pas (de réciter) le Coran avant que ne te soit achevée sa révélation. Et dis : "Ô mon Seigneur, accroît mes connaissances !" », a peu de chose à voir avec le renouvellement de la compréhension de la parole de Dieu dont parle Ibn Arabi à la page 129 du volume III des Foutouhat. Dans ce verset, Dieu invite Son envoyé [ass] de ne pas réciter précipitamment le coran avant que ne soit achevée sa révélation, il s’agit là de cet événement très particulier de la prime, définitive et parfaite descente du Coran de la part de Dieu sur Son envoyé par l’intermédiaire de l’archange Gabriel [as]. Quant à ce qu’écrit Ibn Arabi à la page 129 du volume III des Foutouhat, chapitre 334 sur la connaissance de la station du renouvellement de l’étant après sa disparition, il s’agit du renouvellement de la compréhension que réalise le croyant à chacune de ses récitations de la parole de Dieu.

Dans l’exégèse du Coran, le verset 22 de la sourate 39, « Est-ce que celui dont Allah ouvre la poitrine à l’Islam et qui détient ainsi une lumière venant de Son Seigneur... Malheur donc à ceux dont les cœurs sont endurcis contre le rappel d’Allah. Ceux-là sont dans un égarement évident », met en rapport ceux dont les cœurs ont adhéré à l’Islam et ceux dont les cœurs s’endurcissent à l’écoute du coran. Si vous lisez correctement l’arabe, vous ne manquerez pas de vous rendre à l’évidence que la préposition "min" [dans "al-qassiyati qouloubouhoum min dikri Allah"] indique clairement que ces gens s’endurcissent eux-mêmes le cœur du simple fait de l’invocation de Dieu, ces gens sont dans la faute. Il ne s’agit donc pas, comme vous l’interprétez de façon erronée dans le contexte de l’infinité du sens de la parole de Dieu, d’un prétendu endurcissement de cœur d’un récitateur ou d’un lecteur qui s’attelle à une compréhension unique et non renouvelée de la parole de Dieu.

Cordialement, François.

11 novembre 2007
habib a dit :

Salam, le debut de l’article fait reference à deux versets, s39v22 et S20 V114 La traduction de ces versets que j’ai trouvé sur le site islamfrance est la suivante :(http://islamfrance.free.fr/doc/coran)

s39v22. Est-ce que celui dont Allah ouvre la poitrine à l’Islam et qui détient ainsi une lumière venant de Son Seigneur... Malheur donc à ceux dont les coeurs sont endurcis contre le rappel d’Allah. Ceux-là sont dans un égarement évident.

s20v114.Que soit exalté Allah, le Vrai Souverain ! Ne te hâte pas [de réciter] le Coran avant que ne te soit achevée sa révélation . Et dis : "Ô mon Seigneur, accroît mes connaissances ! "

ATTENTION, il me semble que la traduction de ces versets n’ait pas été retranscrite comme il le faut : extrait du texte : « Le serviteur dont le regard intérieur (al-baçîra) est illuminé – celui qui est dirigé par une lumière de son Seigneur (Coran : 39, 22) – celui-là obtient chaque fois qu’il récite un verset une compréhension nouvelle distincte de celle qu’il avait obtenue pendant la récitation précédente, et de celle qu’il obtiendra pendant la récitation suivante. Dieu a répondu à la demande qu’Il Lui a adressée en disant : ô mon Seigneur, augmente-moi en science ! (Coran : 20, 114). on retouve dans l’extrait quelques passage du coran, mais tout le texte n’en provient pas. le fait d’avoir tout mis en italique est trompeur

Merci à l’auteur de nous eclairer la dessus.

salam

11 novembre 2007
leila a dit :
Très bel article, bravo à l’auteur...C’est toujours rassurant et reconfortant de voir qu’il existe encore un interet apporté à des mystiques aussi universel qu’Ibn Arabi, un ocean d’Amour et de partage. Encore, bravo.
10 novembre 2007
Tawfiq a dit :

Suite à l’observation de Samir : « Tayeb Chouref affirme : "Concernant le Coran, Ibn ‘Arabî affirme le caractère inépuisable du message coranique et la multiplicité des niveaux d’approfondissement des significations qu’il contient" Si donc il y a multiples interprétations du Coran, qui donc a la vérité ? Ou plutôt existe-til une vérité et peut-on s’en approcher ? », je voudrais observer qu’il soulève une question très importante, à laquelle il est difficile de répondre en quelques mots. Oui, il existe de multiples niveaux d’approfondissement des significations des versets du Coran.

Tous les théologiens de premiers temps étaient d’accord là-dessus. Mais, les choses ont changé aujourd’hui, et chacun essaie d’imposer sa propre interprétation comme la seule vraie. A votre question : peut-on s’approcher de la vérité ? je répondrais : Oui, chacun doit faire ses propres efforts pour s’approcher de la vérité. Il la trouvera, et ce sera SA vérité, même si ce ne sera pas LA vérité.

N’oublions pas la célèbre observation de Montaigne : « Vérité en-deçà des Pyrénées, fausseté au-delà », toujours d’actualité. Souvenons-nous aussi que les gens qui vont apprendre la méditation auprès des moines asiatiques ne reçoivent jamais une vérité toute empaquetée, ils passent des années à méditer (presque sans aide) afin de parvenir à ce qu’ils considèreront alors comme LEUR vérité.

Concernant les ambiguïtés associées à la notion de vérité, surtout en matière religieuse, il est intéressant de rappeler ce qui suit. Le célèbre théologien Bin Baz, Mufti d’Arabie Saoudite pendant de longues années, a émis en 1990 une célèbre fatwa expliquant que la conduite d’un véhicule par une femme n’est pas permissible en Islam, parce qu’elle peut conduire à des situations douteuses aux graves conséquences. Sur cette base, il a été officiellement interdit aux femmes de conduire un véhicule en Arabie Saoudite jusqu’à ce jour.

Les Saoudiens ont toujours accepté de telles fatwas comme des vérités incontestables, même si elles peuvent paraître plutôt douteuses pour des musulmans d’autres régions du monde. Seules, quelques femmes n’ont cessé de les contester, et de réclamer le droit d’obtenir un permis de conduire.

Mais, il y a quelques semaines, le roi d’Arabie Saoudite en visite au Royaume Uni a déclaré à ce sujet que la religion n’interdit pas aux femmes de conduire des véhicules, ce sont plutôt des traditions qui constituent l’obstacle. A son avis, cette situation ne peut être revue que par les familles.

Alors, où est la vérité ? Est-ce le mufti, ou le roi qui la détient ? Tous deux expriment une vérité, telle qu’ils la perçoivent, chacun en fonction de sa formation et de ses responsabilités. Ils ont tort d’affirmer, cependant, que leur vérité est la seule vérité enseignée par l’Islam.

10 novembre 2007
Warda a dit :
Merci Monsieur Tayeb Chouiref. Moi qui fait mes premiers pas dans l’Islam, vos textes très intéressants me sont très précieux. Ils me rassurent sur ce que je suis et me donnent à voir une autre conception de l’islam que j’essaye d’apprendre au jour le jour.
9 novembre 2007
Waglioni a dit :

Pour ce bel article, Tayeb Chouiref, soyez remercié : on ne parle jamais mieux d’Ibn ‘Arabî que lorsque l’on est entre amis. Aussi vous me permettrez de glisser une seule remarque, une question de vocabulaire, mais qui me permet d’aborder une question qui est, je le crois, d’importance.

Problème de traduction ? Ou de compréhension ? Ou encore de "station" (notion chère à Ibn ‘Arabî) ? Il me semble qu’il soit plus que problématique de dire que Ibn ‘Arabî insisterait sur l’infinité de Dieu, ou que, pour Ibn ‘Arabî, Dieu serait l’Infini. Ce qui gène ici, c’est le mot et la notion d’Infini. Il me surprendrait beaucoup que cela soit du vocabulaire ou de la pensée du Maître (de ceux qui n’ont pas de maître).

Non, il me semble que conviendrait mieux ici, et c’est assez amusant car, comme avec Tahar Gaïd sur un forum voisin, on en revient à Descartes, qui préfère parler d’indéfini. Infini a en effet une connotation de dimension, de grande (ou de petite) dimension.

Or, à propos bien choisie, l’expression "Shaykh al-akbar" ne signifie pas "le grand maître", encore moins "le plus grand maître". Pas plus, pas moins que Dieu, notre cher Maître n’est-il grand ni petit, ni plus grand, ni plus petit, il est, Il est, ils sont "incomparables", ou, si l’on préfère une notion très mathématique, "non mesurables", c’est cela qu’il faut entendre de cet akbarisme. Enfin, c’est très modestement ma conception, et je ne demande pas mieux que de la voir confrontée à de vrais arguments, s’il y en a.

Etymologiquement (et Ibn ‘Arabî enseigne longuement les étymologies), la racine KB (dimension, grandeur) est niée par cet "a" privatif. Akbar veut donc dire "non mesurable", et non pas "plus grand" ou "le plus grand". Personnellement j’ai honte pour ceux qui emploient ces mauvaises traductions, qui empoisonnent l’esprit et propagent insidieusement l’idée que l’on puisse comparer l’Incomparable. Le comparer (même pour dire qu’il est "plus grand"), c’est l’associer, c’est donc une grave erreur.

9 novembre 2007
oumma.com-uk-fan a dit :

Critique de l’intervention Majella

"ll faut revenir à une lecture mystique de l’islam qui permettra de donner un élan spirituel à cette religion que certains réduisent à une à de stupides interdits."

Vous me donnez l’impression que vous opposez spiritualite et pratiques cultuelles. Or, en Islam les deux sont liees.

La mystique de l’Islam ne peut etre atteinte que par une pratique assidue des rites musulmans. Le cadre exterieur fourni par les preceptes musulmans est necessaire pour controler les exaltations de l’ame provoquees par l’elevation spirituelle.

Dans l’introduction de son ouvrage "initiation a la foi" Al-Ghazali ecrit :

Si tu me dis :"Par ou commence le chemin, La Hidayat (la guidee), pour que je m’y essaie ?", sache que le commencement (Bidaya) de la guidee (Hidayat), c’est l’acquisition de la crainte exterieure, et sa fin et son aboutissement sont la crainte interieure. Il n’y a pas de meilleur fin que la crainte, et il n’y a de "guidee" que pour les craintifs.

9 novembre 2007
un conservateur aux modernistes a dit :

Majella je pense que tu te trompes. Surtout quand tu parles ’de stupides interdits’. Dire que les ’interdits’ sont stupides c’est déjà une fuite en avant.

Le fait que cette démarche s’appuie sur le dénigrement, me paraît manquer d’humilité et donc être en contradiction avec l’Islam.

Ce qui est dit sur l’Islam et notamment par les intervenants sur le forum, me semble déjà être une grosse interprétation. Je parle d’humilité car je pense que cette interprétation et cette vision est un manque de connaissance.

De toute façon, il faut arrêter de se faire des noeuds au cerveau en tant qu’occidentaux, vous aurez forcément une interprétation occidentalisée de l’Islam. Je ne pense pas que cela soit sujet à polémique, c’est même inévitable. Alors faites donc. Juste une question vous faites référence à des personnages mais qu’en est-il du prophète SAWS et des haddiths ?

Je me suis rendu compte à quel point je ne savais rien de l’Islam, j’apprends tous les jours el hamdoulillah et que la compréhension (et non interprétation, par interprétation ce que j’entends c’est une nouvelle norme, basé implicitement sur de nouveaux dogmes) dépendait de chacun et de son parcourt, comme il en est question pour moi. Or qui s’intéresse aux autres musulmans même les plus humbles et illétrés pour conaître leurs expériences et leurs enseignements ? Je sais aussi que des terme que je ne pouvais pas entendre avant car me paraissant rétrogrades ont pris beaucoup de sens aujourd’hui et je sais à quel point ils peuvent être mal perçus de l’extérieur.

El hamdoulillah, j’essaie de garder une ouverture d’esprit pour ne pas cataloguer, même si je n’en suis pas j’ai beaucoup de respects pour les salafs que je connais.

9 novembre 2007
khalid a dit :
Je suis d’accord sur l’universalité du message, sur l’importance accordée à l’amour dans le coran mais je voudrai apporter une précision quant au relativisme religieux que vous présupposez. Dieu dit dans le coran : J`ai parachevé pour vous votre Religion et accompli sur vous Mon Bienfait. Et j’ai agrée l`Islam comme religion pour vous [ Sourate 5 - Verset 3 ] Ainsi, l’Islam est la religion qu’Allah a choisi pour tous les êtres humains quelques soient : leur race, leur couleur, ou leur ancienne religion... Donc il n’y a pas plusieurs religions vers le seigneur mais une seule et cen’est pas moi qui le dit mais Dieu dans son livre sacré sans aucune ambiguité (ou possibilité d’interprétation)
9 novembre 2007
Majella a dit :
Il faut revenir à une lecture mystique de l’islam qui permettra de donner un élan spirituel à cette religion que certains réduisent à une à de stupides interdits. Merci Tayeb pour cette initiation mystique sous l’égide de ce grand maître Ibn Arabi.
9 novembre 2007
Comme le christianisme et le judaÏsme l`islam est étroitement lié à l`écriture. Comme pour ces religions son évolution dépend du type de rapport entretenu avec le texte. Etude critique ou lecture littérale prise en compte du contexte historique ou application immédiate du texte à la réalité contemporaine les choix méthodologiques influencent directement la pratique. Rapport à la démocratie place de la femme dans la société ou élaboration du droit dépendent donc en partie de la manière dont est compris le Coran. L`histoire montre que ce lien entre croyance et écriture n`est jamais figé. Pratiquants théologiens scientifiques ne cessent de le faire changer.
9 novembre 2007
Nour a dit :

Petite réponse à Samir.

Tel commentateur peut avoir un point de vue essentiellement théologique, tel autre un point de vue sociologique, un troisième peut le considérer dans une perspective scientifique, etc. Chacun aura une contribution à apporter à partir de sa propre perspective. Il est important de remarquer à cet égard que le Coran utilise des mots qui sont lourds de plusieurs sens, voire le langage symbolique, et non seulement ces symboles et ces mots peuvent être compris de différents points de vue, mais ces mots et symboles dévoilent leur signification nouvelle au cours du temps et des nouvelles expériences. Par conséquent, limiter l’interprétation du Coran à quelques interprètes et commentateurs reviendrait à limiter sérieusement l’envergure de l’Écriture et cela la rendrait pertinente uniquement pour une période du passé, et cette interprétation pourrait ne pas être satisfaisante pour la perspective où se placeraient les générations futures. Nous, musulmans, croyons que le Coran est éternel dans sa pertinence, et pour qu’il le soit les générations futures auront le droit d’interpréter le Coran avec leur propre éclairage, à la lumière de leurs propres expériences et à la lumière des problèmes qu’ils affrontent. Les problèmes et les défis auxquels les musulmans ont eu à faire face dans le passé peuvent ne pas être les mêmes que ceux auxquels sont confrontées les générations présentes. Et donc, pour pouvoir tirer une guidance et une inspiration du Coran, les gens appartenant aux nouvelles générations auront à l’interpréter dans leur propre perspective.

9 novembre 2007
Samir a dit :

Tayeb Chouref affirme : "Concernant le Coran, Ibn ‘Arabî affirme le caractère inépuisable du message coranique et la multiplicité des niveaux d’approfondissement des significations qu’il contient"

Si donc il y a multiples interprétations du Coran, qui donc a la vérité ? Ou plutôt existe-til une vérité et peut-on s’en approcher ?

9 novembre 2007
Souhila a dit :
Ibn ‘Arabî, ce maître soufi connu comme le plus grand des maîtres al-Sheikh al-akbar, est lui-même un barzakh, un confluent entre Occident et Orient ; il naît en Andalousie en 1165 et meurt à Damas en 1240. Son œuvre, sans précédent, n’a pas eu jusqu’à ce jour d’équivalent. Elle a toujours été étudiée et méditée dans le monde arabo-musulman, et aujourd’hui en Occident et en Asie ; au Japon et en Chine. Sa réputation ne vient pas seulement de sa fécondité en raison de son auteur et du grand nombre d’ouvrages et de traités qu’il rédigea, elle tient aussi surtout au fait que son œuvre contient la science des premiers soufis et la complète par sa propre science en tant que Maître.
9 novembre 2007
Farouk a dit :
Je suis heureux de lire ce texte, car nous sommes saturés par ces interprétations littéralistes du Coran qui ternissent l’image de l’islam.
9 novembre 2007
Déborah a dit :

Un grand merci pour ce texte

« La destination du chercheur dépend de la route qu’il suit. » Ibn Al-’Arabi

9 novembre 2007
Malika a dit :
Qui n’ a pas lu Ibn Arabi, reste inculte. Ce grand mystique est une référence, une inspiration, un réconfort, une science que redécouvre chaque jour.
9 novembre 2007
Disciple a dit :
Un livre à lire sur Ibn Arabi : "Le Livre des théophanies. Ibn Arabî a condensé avec une rare profondeur l’essentiel de sa doctrine de l’union mystique (le "tawhîd") en une centaine de brèves visions qui sont autant d’éclairages brillants sur les stations et les arcanes de la connaissance divine.
9 novembre 2007
Betrouni a dit :

Merci Monsieur Chouiret pour cet article sur Ibn Arabi qui reste méconnu par nos coreligionnaires.

L’homme chez Ibn ’Arabi est l’image parfaite de la création accomplie : "Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue" (Coran, Sourate 82, verset 7-8). L’image extérieure de l’homme ressemble dans une certaine mesure au monde et à ses dimensions macrocosmiques. Ses facultés intérieures (l’intellect, l’imagination, etc.) ont une similitude avec les sphères supérieures. Cette ressemblance extérieure et intérieure est constamment évoquée dans plusieurs chapitres des Futûhât, ainsi que Mawâqi’ al-Nujûm (le Couchant des étoiles) et Tadbîrât al-Ilâhiyya (Les dispositions divines). Avant Ibn ’Arabi, plusieurs philosophes, comme les Frères de la pureté (Ikhwan al-Safa) et Avicenne (Ibn Sînâ), ont systématisé dans leur métaphysique la face humaine de l’univers et l’aspect cosmologique de l’homme.

9 novembre 2007
Salman a dit :
Excellente entrée en matière qui prouve que l’Islam est une religion universelle et reconnaît les révélations antérieures.
9 novembre 2007
ARVTREY a dit :
L’imagination chez Ibn Arabi joue un rôle prépondérant, et Henry Corbin a été le premier commentateur d’Ibn Arabi à en parler amplement dans son ouvrage-référence (Voir infra : Bibliographie) l’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn Arabi. Ce livre représente une lecture philosophique à vocation phénoménologique pour explorer un thème central, jamais étudié jusque là. Ce thème est l’imagination qui a donné lieu à l’invention de plusieurs termes connexes comme "imaginal" et "le monde imaginal" ou mundus imaginalis.
9 novembre 2007

Il me semble que la différence des religions est intégrée dans l’Islam puisque les prophète sont reconnus mais que leur message est considéré comme perverti par justement les dispositions humaines qui ont trahi le message original.

Il me semble aussi que pour éviter ces dérives, la source doit être prouver et attester (les haddiths).

Ce qui montre que l’interprétation n’est pas fiable tant qu’elle n’est pas attestée. Si elle doit être circonstanciée, la question est de savoir par qui ? Et surtout pourquoi ? Vouloir recourrir à l’interprétation, dans quel but ? Le texte ne serait-il plus applicable ? Il faudrait donc l’adapter à notre gré et selon nos besoins ?

Les différents degré de compréhension du Coran. Oui évidemment mais visiblement ces degré s’atteignent par l’expérience pas par la facilité et le raccourci.

Je pense que le fond du problème repose sur la confrontation de l’Islam et de l’individualisme érigé en dogme. Considéré cet individualisme comme universel est discutable. Il s’agit plutôt d’une aliénation, de l’opium suprème.

Il serait intéressant d’analyser le monde moderne au travers de l’Islam.

 
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